INTERVIEW Bob Sinclar

Bob Sinclar
Bob Sinclar. Un nom qui a littéralement bercé toute une génération. Cette même génération qui a vu naître et se développer le peer 2 peer, connu l'âge d'or du vinyle, et qui a encore eu la chance immense de fouler les pistes des discothèques à une époque étrangère au marasme économique d'aujourd'hui.
La musique de Bob Sinclar, reste justement synonyme d'une dimension sentimentale caractérisée par une légèreté, une liberté et une insouciance précieuse, et agit encore aujourd'hui comme un repère, que ce soit auprès des jeunes ou des nostalgiques de la première heure.
Dès 1994, Chris The French Kiss, qui officie alors au Palace, crée avec son acolyte, DJ Yellow, son propre label, Yellow Productions. Grâce au titre "Indian Vibes", licencié chez Virgin, ils bénéficient très vite d'une exposition mondiale, qui leur permettra de développer des projets aux noms et sonorités diverses : Reminiscence Quartet en 1994, The Mighty Bop en 1995. Des artistes tels que Salomé de Bahia, Dimitri from Paris, Kid Loco, Bang Bang, et Louise Vertigo viendront se greffer à la liste des artistes signés sur Yellow.
Il développe aussi, faut-il le rappeler, le projet Africanism, qui regroupera des artistes que l'on ne présente plus tels que, entre autres, David Guetta, Martin Solveig, Joachim Garraud, DJ Gregory, Yves Larock, Tim Deluxe, Tony Allen, ou encore Eddie Amador.
Il y a quelques semaines d'ailleurs, le projet nous revient avec (Africanism Presents) Turn Me On de Bob Sinclar & Mani Lapussh, un morceau groovy, ensoleillé, et survitaminé, prêt à investir plages et piscines de l'été approchant.
En 1998, l'incontournable single « Gym Tonic » aboutira sur l'album « Bob Sinclar », qui, succès immédiat aidant, lancera définitivement la carrière mondiale de Christophe Le Friant, qui se verra alors jouer sans relâche dans les plus grands clubs de la planète.
En 2000, il confirme avec "Champs Élysées", devient indissociable du mouvement French touch, et accède alors avec brio, au titre très convoité de maître de la house française.
Cet ancien G.O. du club Med qui se destinait d'abord à une carrière de footballer, et ensuite de tennisman professionnel, n'a pas pu résister longtemps à l‘appel viscéral de la musique. « Herbie Hancock – Rockit » et « Afrika Bambaataa – Planet Rock », sont autant de tracks qui lui confirmeront que ce choix était plus que naturel.
Comme il le dit, avec sincérité : « la musique, c'est toutes les émotions de la vie ».
Et si le djing peut aujourd'hui bénéficier des avantages du statut d'artiste, il est bon de rappeler, que c'est aussi, en partie, grâce à des gens autant investis que lui.
Au fil des ans, il collectionne un nombre record de récompenses dans diverses catégories. "The Soundz of Freedom", "Lala Song", et bien évidemment, le méga classique "Love Generation", sont autant de titres qui lui permettront d'être certifié, en 2009, meilleur artiste « Dance » de notre pays.

La Sacem (équivalent de la Sabam en Belgique) lui décernera en 2015, le Grand prix des musiques électroniques.
Impossible également d'oublier l'irrésistible tube « World Hold On », qui n'a jamais si bien porté son nom, et qui vient d'être excellemment remixé sans dénaturer l'original par Vintage Culture & Dubdogz.
Signé depuis peu sur Spinnin Records, manne intarissable de talents de tous horizons et racheté en 2017 par Warner, Bob Sinclar nous démontre une fois de plus sa faculté à surprendre, tout en réussissant le pari osé de préserver ses propres valeurs artistiques en continuant à faire voyager son public et à l'amener là où il ne s'attend pas.
Pour Ready2move, il nous parle en toute spontanéité de l'évolution du clubbing et de la nouvelle manière de consommer la musique, de sa relation particulière avec notre pays, mais pas que…Do you feel the vibe ?

Bonjour Los Angeles ! Comment ça se passe là-bas ?

Écoute, il y a 27 degrés, l'été arrive. C'est un peu fou cette ville… ça fait 5 ans que je suis là, et moi, j'adore le soleil, mais comme je suis un fan de sport, et que je ne peux plus en faire pour l'instant, je deviens fou, je vais bientôt rentrer à Paris…

Tu t'es expatrié là-bas pour la musique ?

Je suis parti parce que, Paris est un peu prenant, j'étais toujours dans mon bureau, dans mon studio, donc c'est pas mal de sortir de temps en temps de ton univers, de ta zone de confort,… Joachim partait aussi, donc je me suis dis, pourquoi pas, on va se faire trois-quatre ans là-bas. On a pris un studio ensemble, et en même temps, j'avais signé un contrat avec Hakkasan Studio à Las Vegas pour huit dates pendant l'été, donc je me suis dit que ça ferait d'une pierre deux coups, je ne serai pas loin et ce sera une nouvelle expérience…

Et c'est vrai que là-bas, c'est assez orienté hip-hop, rap ? Un peu moins house music ? Je me rappelle d'une anecdote, d'un DJ fort renommé, qui après 20 minutes de set, a été prié d'arrêter et de partir, tout ça pour ne pas avoir passé assez de chansons commerciales…

Le problème aux États-Unis, et surtout à Las Vegas, (parce qu'à Miami, New-York, San-Francisco,… on connaît quand même la musique, c'est là où cette musique est née), ils font des co-branding. Par exemple, si un hôtel a besoin d'un résident, ils regardent les noms dans le top 100 : « ah, tiens Luciano, en ce moment, il a des Billboards », ou Blackcoffee,…c'est le mec du moment qu'ils vont prendre, sauf, qu'ils ne savent absolument pas ce qu'il joue, et n'en n'ont absolument rien à faire. Alors que, à Las-Vegas, tu dois jouer le top 40 américain, des mashups, de l'EDM. C'est à dire tout ce que font Steve Aoki, Calvin Harris, tous ces mecs-là… David Guetta aussi, il s'adapte.

Mais quand ils font venir des mecs comme Black Coffee, Luciano, ou des Français, ils ne vont pas jouer du top 40 américain ! Ils vont jouer des trucs totalement différents comme ils font à Ibiza.

J'ai joué comme ça, et au bout d'un an, cela n'a pas été une bonne expérience, parce que, même quand j'étais au plus commercial de mon set, ça ne suffisait jamais, donc au bout d'un an, j'ai dit : « voilà, c'est pas mon truc, c'est bien payé, c'est génial, mais je fais ce métier avant tout pour faire danser les gens, et pour kiffer ». Mais bon, on l'a fait. Les États-Unis, et surtout Las Vegas, c'est ça !

Et l'ambiance que l'on retrouve au Pacha qui est ta boîte de prédilection où tu fais tes soirées Paris by Night, depuis un moment…

Oui, cela fait trois saisons, et là on vient de signer pour la quatrième saison.

Et donc, aux États-Unis, on ne retrouve pas une ambiance comme à Ibiza, cette unicité avec les gens…

Pour moi, une ambiance comme celle-là, on ne la trouve nulle part ailleurs.

Je sais qu'il y a de très beaux festivals au Mexique, qui est un petit peu la nouvelle destination, mais moi, je n'y ai jamais retrouvé l'ambiance d'Ibiza.

Les personnes que tu vois à Paris, qui ne dansent jamais, qui font la gueule, etc., les clubbers internationaux, qui sont dans leur ville, qui écoutent une certaine musique, et qui ne vont pas dans des endroits spéciaux où l'on écoute la musique underground, et bien, dès qu'ils mettent les pieds à Ibiza, ils changent d'état d'esprit. Ibiza, c'est une île spéciale où la pièce Pacha transpire la house music de toutes les légendes qui sont venues jouer là, donc pour moi, c'est une atmosphère spéciale.

En Belgique, on arrive encore à avoir cette ambiance, mais de moins en moins…

La Belgique, c'est encore un pays à part pour moi. Encore une fois, le circuit, cela a été : Chicago, New York, pour la house, ensuite UK,…Et la Belgique, le pays qui, en Europe, a fait se développer et exploser toutes ces musiques électroniques, dont l'acid, la new-beat, la musique industrielle… Elle a toujours été précurseur en terme de dance music, avec une très grande ouverture d'esprit. On ne peut pas la comparer à un autre pays.

J'ai appris qu'à une époque, tu venais chercher tes disques chez nous…

En fait, quand j'ai commencé avec mon label Yellow Productions en 1994, je venais presser mes disques en Belgique, dans une petite ville entre Anvers et Bruxelles, et on allait les fabriquer là, parce que c'était les moins chers d'Europe.

Est-ce que tu as rencontré des gens du paysage musical belge, que tu côtoies encore aujourd'hui ? Qui font toujours partie de la sphère de la musique électronique ?

Alors, c'est marrant parce que cela fait 20 ans que je croise Bernard Dobbeleer. C'est un journaliste qui m'a ma fait ma première interview en Belgique, en 95-96. Chaque fois que je vais en Belgique, je le vois, et c'est toujours un vrai plaisir. Maintenant, il y a des jeunes qui ont renouvelé cette scène-là, mais en terme de DJ's, pas trop. Je sais qu'il y a Daddy K, avec qui je reste contact. C'est pour moi une légende du hip-hop qui est toujours resté fidèle à cette scène. Et puis des gens d'NRJ, de Fun Radio, mais dans les anciens… enfin, il y en a qui m'échappent, j'ai aussi croisé récemment des mecs du Fuse.

À ce propos, je voulais te montrer une photo, un flyers, Je ne sais pas si tu t'en souviens, j'y étais… (NDR : je montre un flyer du Fuse du jeudi 20 mai 2004, Bob Sinclar - set de 3h)

Voilà ! C'était en 2004 !

J'ai un set de 2001, là,… donc cela veut dire que pendant trois ans, quatre ans, J'ai joué au Fuse régulièrement… C'était magnifique !

Le Fuse était blindé !

Il y avait aussi les soirées Respect au Fuse…

Et aujourd'hui, il y a des clubs qui sont vraiment des sanctuaires qui ferment, il y a de moins en moins de personnes dans les clubs, tout comme en France. Est-ce que tu penses qu'il y a un mouvement généralisé des clubbers, vers les festivals ? Qui d'ailleurs se développent de façon assez incroyable. Même le label Drumcode va réaliser son propre festival. C'est assez hallucinant.

Là, c'est une question qui est un peu difficile parce que je n'ai pas l'analyse exacte…

Maintenant, même en hiver, des festivals sont organisés… Aujourd'hui, c'est non-stop, c'est un nouveau style de clubbing ?

Je peux pas te dire où est-ce qu'on va, je sais qu'il y a une évolution du clubbing, qu'il a eu une dynamique artistique musicale entre 1998 et 2004, cela a été extraordinaire. Avec la French Touch, il y a eu une explosion de la dance, avec les vinyles, avec tout cela, et en 2005 avec le développement d'Internet, et des partages de MP3, ça a été différent.

Toute explosion, toute naissance d'un nouveau type de clubbing, naît avec une tendance musicale.

Penses-tu que les réseaux sociaux ont pesés dans la balance ? Est-ce que des gros festivals, avec une très forte exposition médiatique ont transformé la vision des jeunes clubbers ? Qu'il faut aussi s'y montrer sur les réseaux sociaux ?

Je pense qu'il y a plusieurs choses. Entre 1998 et 2004, la musique s'écoute uniquement dans les clubs. Il y a la naissance d'une scène musicale qui explose et l'on prend connaissance de ce qu'est un DJ. Ils deviennent, je dirais, un peu « starifiés ». Pour moi, l'année 2005 est un peu la clé, avec le titre « Love Generation » qui m'a vraiment fait basculer. Puis, la French Touch s'est développée, et l'univers dj, dans des sphères un peu différentes. Là, j'ai commencé à faire des festivals. La musique est devenue de plus en plus commerciale et est passée à la radio… les gens commencent à l'écouter chez eux et à la partager sur Internet.

Les réseaux sociaux, il y a du pour et du contre. Le pour, c'est qu'en fait, maintenant, les gens partagent l'endroit où ils sont, et c'est ce qui fait aussi de la pub pour les DJs, et l'endroit où ils se trouvent. D'autres DJ's sont arrivés. David Guetta, les suédois, Avicii,… les festivals en ont profité pour exploser, c'est sur cette musique-là que ça s'est partagé, et aussi dans ces endroits-là.

Mais il ne faut pas oublier que la dance music, à la base, touche une culture gay, et une scène plus mature. Les très jeunes, n'écoutaient pas cette musique. Donc, petit à petit, à partir de 2005, les réseaux, les festivals, ont permis à cette musique de se développer, auprès de gens beaucoup plus jeunes, qui n'avaient pas forcément l'autorisation d'aller en clubs.

Quand on parle du « phénomène Dj, tu ne penses pas que ce sont des gens comme toi, comme David Guetta, Martin Solveig, Joachim Garraud qui avez un peu inventé le métier de DJ tel qu'il existe aujourd'hui ?

Écoute, pour être très honnête avec toi, David Guetta a commencé la musique en 2003, Martin Solveig en 2000-2001 avec son label Mixture. Moi, j'ai commencé en 97, donc si tu veux parler de DJ, ils ont bien évidemment fait partie de la French touch 2.0, ensuite il y a eu Justice, etc... Mais si tu veux parler de DJ's, il y a aussi Daft Punk, Étienne de Crécy, Cassius, des gens comme ça ! Et puis Modjo, même s'ils n'ont fait qu'un seul single, mais c'était ça !

Il y avait une scène électronique française, qui s'est développée jusqu'en 2000-2003, ce qui a fait qu'on a perdu un peu notre complexe, par rapport aux anglais, aux belges, aux italiens, qui développaient de la dance music. Mais en France, on était toujours un peu en retard parce que l'on ne développait pas cette musique de façon underground, sur des petits labels. Alors que la Belgique avait une culture petit label, tout comme l'Angleterre et l'Italie.

Ensuite il y a eu David avec Joachim en 2003, qui a explosé en 2009 avec son deuxième album. Martin Solveig aussi, mais je pense que eux, ils ont fait partie d'une deuxième génération.

Depuis les années 90, le bpm a en général fortement diminué. De 140 avec la trance et d'autres subcultures, on est passé à des 130-132 avec l'électro. La techno actuelle a vu aussi son tempo diminuer, jusqu'à la tropical house qui fleurte autour des 100-115 bpm…Est-ce que cela ne nous éloigne pas petit à petit du dancefloor ?

Moi, je trouve que le tempo, ce sont les tendances. Je n'ai pas suivi la tropical house à 115, je trouve ça cool, mais pour parler d'EDM, j'étais très branché 128, depuis toujours. L'EDM est restée bloquée à 128, et là, encore une fois, je parle de mon style, on descend à 125 -126, grand maximum pour retrouver un peu de groove. Même la tech-house… chaque couleur a un vrai tempo. Les Amine Edge, Shiba San… Tous ces mecs là, qui sont dans une sorte de urban bass tech-house, sont même à 122-123. Ils ne dépassent pas 123 maximum, et dès que tu montes à 125, ça devient un peu plus tech-house…

Et la deep house aussi…

Tu as une scène new disco à 118-120, pour retrouver une espèce de groove French touch. Chaque scène a son tempo. En ce moment, ce que je trouve pas mal, c'est qu'on revient un petit peu au début des années 90, la scène s'explose, elle s'écarte pour laisser place à plusieurs styles différents, des jeunes, des nouveaux DJs qui arrivent avec beaucoup de hype,…

La dance music est un petit peu végétative en ce moment. C'est à dire que les gros producteurs qui font les tubes aujourd'hui sont un peu plus down tempo, ils sont trap, hip-hop, et suivent un p'tit peu la tendance américaine. Je trouve que là, on s'éloigne du concept de faire danser les gens.

Au début, tu accélérais volontiers le tempo, pour reprendre tes termes, « c'est une évolution naturelle », tu voulais créer des instrumentaux pour des rappeurs, mais il y en avait peu en France à cette période, et tu as alors fait de l'acid jazz,

Voilà, c'est exactement ça…

Tu associais des rythmes hip-hop avec des musiciens en live, ensuite, le tempo s'est accéléré, et tu as eu l'idée de recycler la musique disco, puis d'utiliser un son aux couleurs plus métissées…

Il n'y a pas vraiment de réflexion intellectuelle derrière ça, c'est un feeling du moment. Je ne suis pas musicien à la base. Donc ce que j'ai fait, c'est que, j'étais dans la culture hip-hop, je recyclais des loops (NDLR : boucles) de morceaux totalement inconnus, de deux mesures… Je travaille toujours de cette façon-là. Je voulais commencer par le rap, faire du rap français, des rythmiques hip-hop, sauf que j'habitais au centre de Paris. Je n'avais pas cette crédibilité urbaine, j'avais du mal à trouver les rappeurs. En fait, on s'est mis à trouver des musiciens et à faire des rythmiques hip-hop dessus, acid jazz, trip-hop, donc c'était très lent.

On était très influencés par l'Angleterre. Je dis « on » parce que c'était avec DJ Yellow, mon associé au niveau productions. A l'époque, moi, j'avais Mighty bop, Réminiscence Quartet…c'était très anglais. Entre 1990 et 96-97, ils avaient un marché très versatile avec des sons très funky. Il y avait Jamiroquai, Urban Species, Brand New Heavies, le trip-hop avec des labels comme Mo' Wax, de James Lavelle, qui est vraiment le leader, qui a la hype énorme sur son label.

Et puis, petit à petit, Daft Punk est arrivé avec leur album en 96, Homework. Là, ce n'était pas tellement disco, mais il y avait des prémices de quelque chose. Et puis un jour, Étienne de Crécy était là, et on s'est mis à sampler du disco, c'était une espèce de tendance. Moi, je ne jouais pas de dance music, ou de house, je ne jouais vraiment que l'acid jazz, même du James Brown, du hip-hop dans mes premières soirées. Et puis petit à petit, j'ai fait un premier maxi sous le nom de Bob Sinclar, qui a cartonné, et qui a fait 4000 exemplaires. Je me suis dit, « tiens, pourquoi est-ce que ça, ça a marché plus qu'un autre ? ».

J'ai commencé à faire des morceaux à 127- 128 bpm, et ça a touché une scène que je ne connaissais absolument pas.

A une époque, il y avait beaucoup de sons différents qui sortaient, comme Benny Benassi, Klaas, The Drill, aujourd'hui on a un peu essayé tous les sons de synthétiseurs et il est plus difficile d'en inventer de nouveaux. Dans tout ce qui est américain, c'est la voix qui est par contre fortement mise en avant…

Tu parles de la pop ?

La pop américaine…

Moi, j'ai impression que la pop elle est très « dans le drop », Elle est très fort dans la culture EDM, elle a des breaks, et le refrain devient quasiment le hook dans le drop.

Et quand tu prends du Beyoncé, du Rihanna ou du Drake, …

Le R&B pop, là, honnêtement quand il y en a un qui sort, je trouve ça super, mais après, ils en enchaînent dix, vingt, trente, avec la même mélodie, avec les mêmes façons de produire, le même auto-tune, tout se ressemble un peu, c'est très formaté aux États-Unis, il n'y a pas beaucoup de choses nouvelles.

Aujourd'hui, avec Internet, il y a beaucoup plus de niches différentes accessibles, donc les gens pourraient chercher, mais j'ai l'impression qu'ils sont extrêmement sensibles à ce que l'on met en avant dans les medias…

Oui, c'est vrai que la scène commerciale est de plus en plus restreinte, de plus en plus petite, on produit moins d'artistes, mais aujourd'hui, la musique, elle se stream.

Aujourd'hui, tu peux être ton propre producteur, ton propre streamer, ton propre diffuseur. C'est difficile parce qu'il faut se fait remarquer à travers tout ce monstre « musique » qu'il y a sur les réseaux, qui sort chaque jour,… ce n'est pas facile pour créer son image, mais je pense que si t'es passionné de musique, tu peux facilement avoir accès au réseau, et sortir ton disque sans avoir besoin de l'aide d'une major. En tout cas, il faut être assez talentueux et en vouloir pour sortir du lot et se faire repérer par quelqu'un.

Le problème, c'est qu'aujourd'hui cette culture DJ est devenue un business, mais par milliards de dollars, c'est un business énorme ! Aujourd'hui les DJs à Las Vegas se font plus d'argent que les casinos !

Nous, quand on a commencé, il n'y avait pas d'argent. Ce qu'il fallait pour réussir, c'était juste qu'on kiffe le truc, il fallait juste un p'tit truc. Moi je me disais, je veux fabriquer mille vinyles pour que ça plaise à mille DJ's ! J'avais pas plus d'ambition que ça. Je vendais mille ou deux mille vinyles et grâce à ça, je faisais suffisamment d'argent pour produire mon deuxième maxi, et ça s'arrêtait là !

Donc, comme c'est devenu un business, il y a un business plan : le DJ qui arrive sur la scène aujourd'hui se dit : voilà, il faut que je rentre dans une agence. L'agence se dit, bon, il a une belle gueule, on va pouvoir promouvoir son image de cette façon… qu'est-ce qui va falloir faire pour le promouvoir ? Il faut lui faire de la musique, donc ils font appel à des ghosproducers. Ensuite, il faut lui construire une image, et toucher les festivals. Pour ça, il faut qu'il soit dans le Top 100 DJ MAG, ensuite, il faut toucher les radios pour que le mec soit connu. Il faut formater la production, pour que ce soit une production radio…Il y'a une chaîne de « masse production ».

C'est devenu un produit comme un chanteur. Donc on ne produit plus de dance music qui passe par les DJs, et qui, ensuite, explose à travers les radios pour devenir mainstream. Aujourd'hui, on produit des singles dance pour la radio.

Donc, tu l'as dit, aujourd'hui, le tempo, il est à 110-115 BPM, donc, même des mecs comme Martin Garrix, Steve Aoki font des trucs à 110-115. Ils suivent une tendance pop, qui se colle à une tendance DJ. Sauf que le DJ, à la base, ce n'est pas ça. Le DJ, il fait de la musique pour faire danser les gens !

Parce qu'il y a énormément de DJ's qui arrivent d'un seul coup, de nulle part, qui sont exposés, surexposés, parce qu'on décide de les mettre en avant, partout, avec les réseaux sociaux… S'ils en mettent un en couverture de magazine en disant, c'est le meilleur, les gens se diront « ah oui, c'est le meilleur », et vont gober… mais par rapport aux autres DJ's, je trouvais ça intéressant que tu dises qu'il doit d'abord asseoir sa crédibilité dans le microcosme de la musique…

Oui, parce que maintenant, il y a une notion de réussite. Aujourd'hui un jeune DJ se dit, « je peux réussir… Ils se disent, regardez, eux, ils gagnent beaucoup d'argent, ils sont en jet privé, les Sinclar, les Guetta,…Mais il y a vingt ans, vingt-cinq ans de travail derrière ça ! Quand tu as des jeunes qui arrivent aujourd'hui, pour moi c'est génial ; au plus il y a de jeunes qui font de la dance music, au plus ça me donne de la crédibilité. Mais, aujourd'hui, au lieu de penser : on va construire, une image une couleur, petit à petit, un dj underground pendant un an, deux ans… quatre ans, et ensuite on va commencer les morceaux, puis il va imposer, son style, sa couleur… Non !

Aujourd'hui, pour que ça fonctionne à la radio, il faut un refrain, un couplet, un gimmick, un drop. Donc on formate. Les mecs ont un coup de chance avec un titre, et boum, il passe à la radio !

Donc, quelle va être ma façon aujourd'hui de faire de l'argent en passant à la radio ? C'est de se produire dans les festivals, parce qu'aujourd'hui, la musique se stream, elle ne se vend plus. Je fais un numéro un, donc je vais cartonner les clubs et prendre cinq mille, dix mille, quarante mille euros... Un DJ qui passe en radio jouera dans un club une fois, deux fois, ensuite le patron se dira « quel va être le prochain !? ».

Le mec arrive, il n'a pas de charisme, pas d'histoire, pas de look, pas de vidéo-clips, il n'a rien construit dans l'inconscient des gens ! On ne se dit pas : « ah oui, c'est lui, il a cette tête là, cette musique là, il va faire venir les gens ». Aujourd'hui ce n'est pas facile de construire ça.

Tu donnes l'impression d'être un mec cool, relax, un peu bohème, une force tranquille et tu travailles apparemment hyper sérieusement. Tu arrives à être relax et, en même temps, assurer des deadlines ? Tu te laisses parfois la liberté de créer sans freins horaires, pour faire du studio lab…?

Je ne peux pas faire de musique en me disant que je vais en faire de telle date à telle date. J'ai besoin de faire de la musique tous les jours. Si je n'ai rien à faire, que je n'ai pas de morceaux dans la tête, je prends de vieux trucs disco que je mets au tempo. C'est à dire caler le truc à la main, l'ordinateur ne peut pas te le faire, et donc cela te donne un morceau de disco beaucoup plus actuel. J'ai toujours un milliard de trucs en tête.

Pour ce qui est du côté DJ, j'aime faire découvrir des anciens morceaux aux gens. C'est pour ça que j'aime le côté Ibiza, tu peux y jouer les classiques. Par exemple, j'ai fait un bootleg de « Voyage Voyage » et quand je joue ce titre, les gens sont dingues ! Je n'ai même pas pris le refrain, je reste sur le couplet, et je repars sur le beat. J'essaye toujours de trouver des trucs rigolos. La musique, c'est ma vie, mais celle portée par la culture du DJ ; ce recyclage, penser à des mix, à des remixes, à des enchaînements, à amener les gens dans un univers, sortir un truc qui sort de nulle part, et pas forcément du « Eurythmics ».

Joachim Garaud a dit que tu avais une facilité extrême à savoir quel acapella pouvait aller sur quel titre, cette facilité, c'est assez pratique !

Alors c'est assez incroyable parce que, comme je ne suis pas musicien, je n'ai pas d'harmonies dans la tête, pas de mélodies. Par contre, je ne sais pas vraiment comment expliquer ça, mais, depuis vingt-cinq ans, j'ai accumulé comme une librairie musicale dans ma tête. J'enregistre, je pense, des suites harmoniques, et, dans ma tête, j'ai des acapellas.

Quand je suis avec Joachim, on est sur trois, quatre morceaux en même temps, je lui dis tiens, c'est drôle, ce synthé-là, il va aller avec ce morceau-là, alors que ce sont deux morceaux différents et il me dit, mais non, c'est pas possible et il le prend, et souvent, c'est la même tonalité, ça marche, et ça rend un truc complètement dément.

Par exemple, pour le morceau « Feel the Vibe » que j'ai fait avec Dawn Tallman, j'étais en train de bosser sur un instru, et à côté de moi il y avait un mec qui s'appelle Eddy Gronfier. Il me dit : « Chris j'ai quelque chose à te faire écouter, je travaille sur un truc», et donc, j'ouvre la porte du studio, il me fait écouter, et je lui dis que son titre est un peu rapide (il tournait à 132 bpm). C'est un mec qui chantait, le vocal me touchait, c'était pas mal. Il ferme la porte, et moi, je continue à bosser sur mon morceau, et au bout d'une heure, j'avais la mélodie de son morceau dans la tête, et je la chante. Je lui demande de réécouter son morceau, et de me passer son acapella, parce que je crois que ça va sur mon morceau. Je le calle, un peu plus haut, et là, j'ai les poils qui se hérissent et je me dit : « c'est énorme ! ».

Oui, c'est carrément de la magie quand ça arrive ce genre de match !

Je l'ai refait chanter par une nana à New York, qui avait exactement la même tonalité. Et ça a donné « Feel the Vibe ». Donc, je ne suis pas musicien de formation, mais ma spécialité, c'est d'assembler des sons.

Tu penses que le fait de ne pas être musicien, te permet d'oser utiliser des chemins différents ?

Ah mais complètement ! Je ne veux pas être musicien, pas du tout !

Un jeune belge musicien hyper talentueux Bryan Devleeschouwer, te dira exactement la même chose, ça le tue que je me souvienne de mélodies sur des maquettes d'il y a 2 ans, et que je lui dit : « tu vois la maquette de la mélodie 225, et bien, je pense qu'elle va aller sur la mélodie 250. »

On dit souvent qu'un tube est caractérisé par une mélodie qu'on a l'impression de connaître, mais qui en fait, est nouvelle. Parfois, c'est aussi clairement inspiré de morceaux antérieurs. Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui, il y a encore des artistes qui créent des tubes « from scratch » ? À partir de rien ?

Oui, cela m'arrive souvent. Mais tu peux avoir un tube à différents niveaux, Tu peux faire un tube comme Ed Sheeran ou comme Kungs.

Je pense avant tout qu'un tube, ça doit être irrésistible. C'est-à-dire qu'en fait, moi, j'ai envie de l'écouter 100 fois et je ne m'en lasse pas.

Le tube c'est génial, cela te met dans un univers de bonheur où tout va bien. Ça doit sûrement être comme une injection de drogue, mais l'après, la descente… Tu te dis m****, j'en veux un, j'en veux deux, puis trois, puis cinq, et ce jour là, tu te dis «p*****, qu'est-ce que j'ai fait pour faire un tube ?! », alors que tu l'as fait de façon totalement innocente et que ça a été un pur accident!

« Love Generation » a été un pur accident, on était six dans le studio, tout le monde a mis un grain de sel, une petite mélodie, un petit machin, bref, pour recréer ça, c'est impossible !

Si tu te mets à formater ta musique, c'est là que ça devient pourri.

C'est ça, et quand tu ne penses plus à la musique en elle-même, alors la vibe …

T'as perdu la vibe ! Quand tu tubes une fois, t'a perdu ta vibe. Donc pour retrouver la vibe, c'est très difficile. Il faut s'entourer de gens. Les mecs qui enchaînent les tubes comme ça, ce sont des mecs qui sont ultra talentueux. Tu vois, un mec comme Avicii, c'est un mec qui avait beaucoup de talent, un mec comme Martin Solveig aussi, je pense que c'est le plus talentueux d'entre nous, parce que lui il fait ses mélodies. Moi, je ne fais pas de mélodie, j'en ai fait une, une fois, tout seul, c'était, « Give a Lil' Love » sur l'album « Western Dream ». Mais de temps en temps, je donne des directions, je trouve des notes, mais ce n'est pas ça faire une mélodie, j'ai des hooks, je peux trouver des gimmiks musicaux, mais faire une vraie mélodie de chant, ça, c'est un talent pur. Et Martin le fait très bien.

Quand je dis que je ne suis pas musicien, Alain Visniak, qui était le compositeur de Ceronne, me répond « mais attends, tu es musicien, cherche pas ! Tu ne fais pas des accords à cinq doigts, mais tu fais des trucs que moi je ne sais pas faire. »

Je pense que la pop music d'aujourd'hui, est faite et inspirée par les DJs, ingénieurs du son, bidouilleurs…elle est devenue aussi importante que la mélodie et le texte.

Aujourd'hui, si tu as une belle chanson, et qu'il n'y a pas de son (NDLR : dans le sens : son particulier, texture), elle ne marchera pas ! Donc le son doit être fait par un DJ, qui est aussi ingénieur du son, qui comprend les structures, les mélanges de son, le drop, le moment ou le kick doit sortir… tout ça, ce sont des énergies de DJ.

Moi, j'aime les belles collaborations, je pense que quelqu'un tout seul, c'est très difficile. Aujourd'hui, il faut travailler en équipe, et moi j'aime travailler avec des mecs qui ont beaucoup de talent, ça m'inspire, on balance des idées…

Et je pense que c'est la force d'un David. Il est là en tant que chef d'orchestre, il entend des choses, tiens, cet instru-là, il va aller avec çà, etc. David n'est pas là par hasard, il y en a beaucoup qui le critiquent, les gens sur le net, ils sont forts. J'ai parfois des haters qui m'envoient des mails : « c'est beau les DJ's qui ne foutent rien, parce que sur Instagram évidemment, on poste toujours le moment où on est en vacances. T'es pas là si tu fous rien. Le mec qui fout rien, il va faire un tube parce qu'il a pris une idée là et là, mais il n'enchaînera pas une carrière. Quand tu as une carrière, c'est que forcément tu as un talent quelque part.

Parfois, je vois des DJ's qui ne postent rien, ou très peu en rapport avec la musique, et ça me dépasse un peu. Est-ce que quand tu es vraiment producteur, tu n'as vraiment plus que ça dans la tête, ou quand tu es DJ, c'est aussi important de faire rêver les gens ?

Quand je suis en studio, que je fais un post, et que je suis en train de faire la musique, les gens n'ont absolument rien à faire. Quand je fais un selfie à Venice Beach avec mon skateboard, je prends 15.000 likes sur Facebook. J'essaie de faire rigoler avec le côté cul, un peu beau gosse, etc.

Mais bon, ce n'est pas grave, il faut s'en servir, c'est une façon de communiquer, j'essaie de ne pas montrer trop d'intimité. Je n'ai pas une vie trop ostentatoire, mais forcément, adaptée à ce que je gagne, et à ma carrière.

Tu ne crois pas que souvent certains labels, comme par exemple Armada, signent plus facilement des jeunes pour développer leur carrière ?

Bien sûr ! Même Spinnin', il y a une réelle sélection sur l'âge,

Ça fout quand même assez les boules, même parfois sur certains labels techno, après 24 ans, ils ne prennent plus, parce qu'ils investissent sur une carrière à long terme…

Ah mais complètement ! Aujourd'hui, il y a des deals qui se font à 360. Ils investissent dans l'image, prennent 50 % de tout, et développent l'artiste à 100 %. Je peux comprendre ça. Moi, je n'ai jamais trouvé de manager, je bossais avec les labels en collaboration. J'ai mon label, je fais tout moi-même, je suis un peu un bidouilleur, encore un artisan de ce métier. J'ai mon Instagram, personne ne s'occupe de mes réseaux.

Tu vois, un mec comme Steve Aoki, il a six personnes qui le suivent constamment en tournée, c'est fou.

Tu ne penses pas qu'avant, il y avait plus vrais morceaux qui sont devenus des classiques ? Il y avait peut-être plus d'âme dedans, parce qu'il y avait moins de machines de guerre promotionnelle et médiatique ? On a l'impression que çà venait plus du cœur et que c'était moins calculé…

Le classique, il vient toujours d'un moment où tu ne calcules pas, c'est un accident. Il y a sûrement des classiques de dance qui vont rester, je pense que One va rester (NDLR : Swedish House Mafia), David, peut-être Titanium (NDLR : feat. Sia), c'est vraiment une belle chanson… Les belles chansons qui touchent les gens, vont rester, je pense.

Et tu crois que la notion de tube existe encore ? Aujourd'hui, tu as tellement de styles, t'as internet, t'as le streaming… Je crois que cela fait un bon moment qu'on attend le tube de l'été…

L'année dernière c'est simple, y en a pas eu. En dance music, il n'y a pas eu de tube de l'été. Il y a 2 ans, il y a eu le Kungs qui était fort, je parle toujours en « musique DJ » mais là, non, on n'a pas de gros tube d'été. L'année dernière, tu as quand même eu le CamelPhat. Ça n'a pas eu un crossover mondial, mais ça fait du bien !

Parce qu'avant le tube de l'été, c'était mondial ! C'était joué partout. Maintenant, si tu es en France ou en Belgique, le tube de l'été ne sera pas le même. C'est aussi à cause du streaming que la musique est en train de changer complètement ?

Je pense qu'il y a beaucoup de choses. Le tempo a changé aussi. DJ Snake a dû faire un tube d'été aussi, il y a sûrement eu des trucs l'été dernier, mais pas des trucs que moi je peux jouer en tant que DJ dans les boîtes. Maintenant ce qu'il y a, c'est que, quand il y a un tube d'été à la Bruno Mars, on fait des bootlegs, le tube arrive parce qu'on l'accélère, on le pitch, on crée des nouveaux titres à jouer et on les emmène dans un univers dance.

Je pensais justement à un titre que tu as fait avec Joachim Garraud et Roxanne Shanté, qui est rappeuse (la reine du Bronx aux Etats-Unis). C'est quand même assez fort parce que Joachim Garraud, le rap, ce n'est pas vraiment son univers, toi oui, en partie, parce que tu aimes bien le rap, à la base tu viens du hip-hop. Penses-tu que si tu avais promotionné ce titre, il serait passé en radio ? Parce que je le trouvais super créatif…

Et bien c'est amusant, parce que j'ai refait un instru sur ce titre-là, hier. C'est un acapella que j'avais fait sur un titre à moi, il me l'a demandé pour le mettre dans mon album. Il a fait son truc, je n'ai pas trop collaboré sur son instru.

La question ready2move pour terminer : une anecdote, un truc drôle que tu n'as jamais raconté dans la presse ou autre ?

Un petit accident de DJ qui s'est passé à l'Amnesia (Cap d'Agde) au moment des vinyles en 2001-2002. Le DJ était placé devant une fontaine, j'arrive un peu précipitamment et pose mon bac de disques. Je commence à jouer mon premier disque, je me retourne et le sac était tombé dans la fontaine ! Donc, imagine un sac de disques avec les pochettes en carton ! Je suis descendu dans la fontaine, j'ai enlevé mes chaussures, j'ai demandé du sopalin et le les ai essuyé… dix par dix…