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Joachim Garraud et Ridwello

Reconnu par tout producteur de musique électronique qui se respecte, et entendu un nombre incalculable de fois directement ou indirectement à la radio, de par ses innombrables collaborations musicales, Joachim Garraud est un nom indissociable de l’univers de la musique électronique.


Installé à Los Angeles, avec Bob Sinclar, dans les studios de Paramount, Joachim Garraud est un précurseur, un avant-gardiste né, tel un Laurent Garnier ou un Jean-Michel Jarre (avec qui il collabore depuis plus de 25 ans). Anti name-dropping, Joachim ne court pas après la fortune, mais privilégie l’émotion et l’authentique, tout comme on a pu l’entendre sur l’un des titres de son dernier album 96/24 : « Message To The World », une collaboration de plus avec Chris Willis, son chanteur fétiche depuis le tube interplanétaire « Love Don’t Let Me Go ».


Ce révolutionnaire du son et de sa sculpture a d’ailleurs collaboré avec Moby, Deep Dish, David Bowie, Cassius, Cerrone, Kylie Minogue, Bob Sinclar, Mylène Farmer, Geyster, etc. La liste ne pourrait être exhaustive tant sa discographie est immense. Pour l’avoir vu travailler, cet homme est réellement une machine, et est doté d’une énergie intarissable, qui ferait pâlir n’importe quel DJ fringant de 20 ans. Joachim est d’ailleurs également développeur pour Pionner !


Son Forum, très actif il y a quelques années, est devenu, à l’heure où j’écris ces lignes, une véritable légende, tant il a vu émerger de talents, producteurs et/ou DJs, acteurs de la scène musicale d’aujourd’hui.


Très accessible, toujours enthousiaste et à la recherche de nouveaux sons, c’est en découvreur de talents qu’il nous a dégotté très récemment un jeune producteur extrêmement prometteur avec qui il collabore actuellement : Ridwello.


Signé sur des labels de renom tels que ToCo International, Bonerizing Records, Big&Dirty, Zemixx, ou encore DirtyDutch, Ridwello est rapidement supporté par Chuckie, Tommy Trash, BlasterJaxx , Quentin Mosimann, ou même, David Guetta.


C’est peu après la soirée parisienne événement, célébrant le Zemixx 600 et organisée par l’agence d’événementiel devancière Wato, la plus hype et créative de la capitale, que j’ai eu l’immense plaisir de m’entretenir avec ce duo novateur et fascinant, et ceci, rien que pour vous !


En effet, pour célébrer l’anniversaire de Zemixx, podcast immensément populaire, et qui dit-on, pose les base de la musique électronique de demain, Joachim avait invité quelques amis tels que, entre autres, Vitalic et Laidback Luke à envahir les spaces invaders d’oscillations, de pulsations, ou encore de vibrations venues d’un autre monde…Signal établi !


 


Salut Joachim, salut Ridwello !


Joachim : Salut !

Ridwello : Salut !


Joachim, je t’avais déjà interviewé pour R2M en 2006! Depuis, il y a pas mal de chemin parcouru. A l’époque tu avais déjà énormément de projets en cours, et depuis lors, tu te diversifies encore plus, tu as fait d’autres rencontres. Tu travailles toujours avec des gens en qui tu crois, tu avais invité, en 2005 pour le Zemixx 100, la Swedish House Mafia, c’est-à-dire, Steve Angelo, Axwell, Sebastian Ingrosso, mais aussi Bob Sinclar, Eric Prydz…


Oui tout à fait, ils étaient là, la première fois, …


J’ai eu l’immense chance d’assister au Zemixx 600, et cette fois, tu avais invité des amis comme Vitalic et Laidback Luke,…


Joachim : Tout à fait !


Comment ressens-tu le fait, des années plus tard, de réinviter des gens, et de te retrouver avec de plus en plus de monde, de créer un buzz de plus en plus conséquent ?


Joachim : C’est super satisfaisant de pouvoir continuer à collaborer avec des gens qui sont passionnés de musique, Je suis très heureux de pouvoir continuer à organiser ce genre de chose, de passer du temps à collaborer avec de nouveaux artistes, d’essayer de découvrir de nouveaux talents. C’est vrai que tu as cité Vitalic et Laidback Luke, qui sont des artistes confirmés, mais tu aurais pu citer des gens comme Ridwello, Julien Stacklerer, qui sont des gens avec qui je collabore. Et c’est vrai que, pour faire ce Zemixx 600, j’avais choisi un lieu magnifique ! C’était une très belle fête, les gens en parlent encore beaucoup, et je suis toujours très heureux quand je peux prendre du temps à préparer ces fêtes !


Oui, tu t’investis vraiment de A à Z, tu chapeautes le tout, réellement…


Joachim : C’est ce que j’aime quand je fais un cadeau, parce qu’ici, c’en était un ! On a invité des gens, c’était une soirée privée, et dans ce cas là, c’est bien de s’appliquer, du contenu à l’emballage, jusqu’au nœud final...Je passe pas mal de temps à pousser l’événement au maximum.


Et justement, en parlant de nouveaux talents, tu as rencontré Ridwello très récemment, c’est-à-dire, il y a environ un an…?


Joachim : Il y a à peu près un an, effectivement. Quelqu’un m’a envoyé un remix, et je trouvais que ça sonnait super bien, c’était un remix by Ridwello. Quelques semaines plus tard, je reçois à nouveau un remix by Ridwello, et je trouvais ça vraiment bon. Je me suis dit : « il est vachement actif le mec ! ». Plus tard, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un français, alors que le pseudo ne le laissait absolument pas sous entendre, et donc, du coup, j’ai décidé de prendre contact avec lui pour lui demander s’il était d’accord pour me faire un remix pour un titre. C’est comme ça que sont nées une rencontre et une amitié en même temps.


Et toi Ridwello, d’où connaissais-tu Joachim Garraud ? Depuis combien de temps connaissais-tu son travail ?


Ridwello : Depuis mon adolescence. Vers 2008, j’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique. Et le premier artiste que j’ai connu avant les autres, c’était Joachim Garraud, via ses podcasts, ses lives, ou encore Youtube. C’était vraiment énorme, et c’est grâce à lui que j’ai commencé à faire de la musique, à produire, à être DJ surtout. Je n’y connaissais vraiment rien, je commençais mes premières résidences en tant que DJ. C’est lui qui m’a motivé, et ce, sans le savoir.


Comment s’est déroulée votre première rencontre ?


Ridwello : En premier lieu, il y avait des échanges de mails. Ensuite, nous nous sommes envoyé des maquettes, je lui ai envoyé beaucoup de projets que j’avais fait auparavant pour lui faire découvrir mon univers, et des ghost-productions. J’en avais fait beaucoup, que ce soit pour des français, des américains, des russes, etc. Par la suite, je lui ai proposé mes propres projets. Et nous avons décidé de les retravailler, comme par exemple « Télépathic Dream » entre autres, ou encore le nouveau track avec Chris Willis, « Beautiful », et plein d’autres morceaux …


A ce propos, vous avez tout de même signé un EP 4 titres sur le label Panda Funk qui est le label de Deorro ! Joachim, comment la signature a-t-elle eu lieu ? Tu étais aux Etats-Unis…


Joachim : Oui, j’étais aux États-Unis, et on avait fini ces quelques titres là, qui nous avaient tout de même pris quelques semaines de travail…Au début, nous n’étions pas certains de réunir l’ensemble de ces titres sur un seul EP. On pensait les signer un peu séparément, puis au final, j’ai trouvé plus cohérent d’avoir quelque chose de complémentaire dans le son. Ensuite, je suis allé à une soirée à Los Angeles, que donnait Deorro, et c’est lui qui m’a dit : « Hey ! J’ai écouté ton truc là, avec Ridwello, c’est mortel ! ». J’ai dit « ok, c’est génial ! ». Et en effet, j’avais envoyé les quatre titres à Panda Funk, et il avait écouté, parce qu’il avait vu mon nom. Du coup cela a été très vite, parce que, dès le soir même du concert à Los Angeles, je n’ai même pas eu besoin de lui demander de fixer un rendez-vous pour signer les tracks ! Il a enchaîné immédiatement en me présentant ses collaborateurs ! Il m’a dit : « tiens, lui ce sera ton chef de produit, lui va s’occuper du community management, etc. » .Ils étaient tous dans la loge, c’était déjà signé ! Et là, je me suis dit, ça va être une bonne nouvelle pour Ridwello quand il va se réveiller, puisqu’il y a neuf heures de décalage horaire, avec Los Angeles.


J’imagine !


Ridwello : La première chose que j’ai faite ce matin là, c’est d’ouvrir mon mail !


Et là, tu t’es évanoui deux fois !


Ridwello : Exactement ! Comme je l’ai dit dans un live Facebook avec Joachim récemment ! Puis, je suis revenu sur ma chaise, et j’ai percuté (rires) !


Lorsque vous avez conçu les titres de l’EP, est-ce que vous avez travaillé en visant un label en particulier, en faisant ce que vous aimez ? Quelle a été votre méthode de travail ?


Joachim : On a fait quelque chose qui nous ressemble tous les deux ! Sur certains titres, on est parti de choses qu’avait commencé Ridwello mais qui n’étaient pas terminées, et puis d’autres que j’ai commencés de « scratch », à partir de zéro. Ridwello, c’est quelqu’un qui va assez vite en production, mais qui malheureusement, laisse tomber assez rapidement, et qui n’a peut-être pas la patience, ou l’expérience. C’est-à-dire qu’il va produire 40 secondes fantastiques, et qui ensuite a moins d’idées, il a un peu de mal à développer. Et donc du coup, moi, j’aime bien prendre la balle au bond, et dire « bah, écoute, sur ces 40 secondes, on va prendre ces 22 secondes là, et puis je vais les développer, et créer une partie B… ».


Globalement, j’aime bien développer cela, et c’est un peu ce qui s’est passé sur deux des quatre morceaux. Par exemple, Harajuku Acid…A cette période, j’étais dans le quartier d’ Harajuku à Tokyo, au Japon. L’idée vient de bruits qui venaient de la ville, que j’avais gardés en tête, et qui m’ont inspiré pour une gimmik acid que j’ai ensuite développée. Et là, c’est plutôt Ridwello qui a finalisé la production du morceau. On a fait un « ping-pong ».


Vous apportez chacun une pierre à l’édifice…


Ridwello : En fait, oui, c’est ça, Joachim commence des choses, et moi je vais les terminer, ou vice-versa. C’est un travail d’équipe, je vais commencer des projets, je vais les mettre de côté, puis je vais basculer sur un autre quand je n’ai vraiment plus d’idées, et lui va me renvoyer, et me dire deux jours plus tard : « tiens, j’ai continué ton travail », et là, je me dis « waouh ! C’est énorme ! ». Je pense que l’on fait vraiment du bon taf ensemble !


Joachim : Il faut avoir le bon son. Pour rebondir sur ce que tu dis Ridwello, et tu as entièrement raison, ce pour quoi c’était important de travailler avec un jeune, c’est-à-dire quelqu’un de plus jeune que moi, avec moins d’expérience, c’est que c’est quelqu’un qui est capable de produire. J’ai eu pendant un moment des gens avec qui je travaillais, et pour qui j’étais obligé de faire 80% du travail. Les personnes en faisaient 20 %. Ce n’était pas très juste et pas très équilibré. Là, ce que j’aime dans notre relation, c’est que, lui comme moi, sommes capables de faire du son. Le fait que l’un comme l’autre sommes capables d’aboutir un morceau, fait que cela fait du bien d’avoir quelqu’un de compétence équivalente. Et moi, cela me séduit de pouvoir me reposer sur ses épaules pour certaines choses, même sur le son, ou sur le mastering. Il a très bien appris, et super rapidement ces derniers mois. C’est vrai qu’au début, je faisais le mastering sur tous nos projets, et là, le dernier, c’est lui qui l’a fait,…et c’était super bien fait ! Donc pour moi, c’est important dans une collaboration de sentir que tu peux continuer à apprendre et que tu peux vraiment te soulager sur quelqu’un !


Oui, je vous ai vu travailler, l’un de vous se met à bosser vingt minutes, une demi-heure, ensuite l’autre prend le relais…


Joachim : Voilà, c’est ça, lorsque l’on est physiquement présents dans la même pièce, c’est vraiment sympa. C’est ce que j’appelle conduire ! L’un conduit, l’autre est passager, et comme l’on dit que toute les deux heures de route, il faut faire une pause, …Nous, c’est un peu ça, quand t’en as marre, tu laisses la souris à l’autre, ça marche bien.


Joachim, tu parlais de sonorités acid qui t’avaient inspirées au Japon, et sachant que tu as toujours été assez orienté sonorité, que tu aimes tester de nouveaux sons, je voulais savoir ce qui primait pour vous deux. Les sons en eux-mêmes, ou bien les mélodies ?


Ridwello : Pour moi, la musique, déjà, ça doit être mélodique. ! À partir du moment où il n’y a que du bruit, ou du « boumboum », et uniquement un kick, un clap, et une basse, ce n’est pour ma part, pas de la musique ! Il faut vraiment qu’il y ait de beaux accords, et là-dessus, Joachim m’aide énormément, parce que lui, il a déjà des bases, il est compositeur avant tout. Je n’ai pas eu la chance de faire le conservatoire et des années de piano, donc, il m’a appris à placer mes chords (les accords), pour que ça sonne, et que le titre soit joli.


Il m’a appris les tonalités, sans le savoir, parce qu’il retravaillait mes morceaux, et donc, je regardais ses projets, et sa façon de travailler. C’est en analysant sa façon de faire, qu’aujourd’hui je suis capable de composer comme un vrai compositeur.


Joachim : Il se débrouille très bien !


Et tu apprends à chaque composition…


Ridwello : Oui, à chaque composition ! On ne fait pas que de la musique club, on travaille beaucoup sur d’autres projets, sur lesquels on ne va pas encore communiquer…


Joachim : On ne peut pas donner de nom parce que j’attends la validation de la date de sortie, mais on travaille pour un très gros groupe français qui a fait appel à nous pour un remix. C’est vraiment un truc mélodique pour des gens qui sont habitués à faire du pop rock, ce ne sont pas des gens qui sont dans l’électronique. Eux, ils ont besoin d’une mélodie. Et là, je vois que Ridwello est très modeste, parce qu’il dit qu’il n’a pas de notions d’harmonies, mais globalement, lorsque il démarre un remix et qu’il plaque trois accords, ils sont presque toujours parfaits.


C’est vrai qu’il y a parfois des notes pour lesquelles il a encore un peu de mal, mais ce que je veux dire c’est qu’il a une oreille musicale qui fait que quand il y a un truc qui ne va pas, il me dit : « là, je ne suis pas sûr du dernier accord ». Et il a raison, c’est à dire que ce n’est peut-être pas l’accord le plus juste, mais il l’identifie, ce n’est pas comme si il m’envoyait le truc en me disant : « tiens, écoute, c’est génial, ça défonce, c’est incroyable ! » et que j’identifie une erreur dans l’harmonie. Même si il n’a pas le savoir théorique que moi j’ai eu la chance d’apprendre au conservatoire. Par exemple, d’être capable, en mi mineur, de savoir quelles sont les notes qui vont avec cette tonalité. C’est de la théorie. Ridwello, même sans cette approche théorique, a quand même un « ressenti harmonique », ce qui est une vraie qualité, parce que ça, ce sont des gens qui ont une oreille musicale, et là, il apprend très vite !


Joachim : Donc voilà comment nous travaillons. Pour les derniers projets, Ridwello est un peu plus concentré sur la mise en place de la percussion, des drums, et je m’occupais un peu plus de la partie harmonique, mélodique. Cela a été un peu plus le cas sur les derniers projets que l’on a fait, « Beautiful » de Chris Willis, et sur l’album de Ridwello ! Puisqu’on peut vous le dire maintenant, on prépare des titres pour un album qui sortira sous son nom. Ce que je fais, c’est que je m’occupe plus principalement de la partie vocale. Donc, pour que le titre existe, que ce soit un album qui puisse vraiment passer à la radio, il est impératif que cela ne soit pas un instrumental. Bien souvent, Ridwello travaille sur des bases instrumentales, alors que moi, je développe l’harmonie, et j’écris les mélodies que j’enregistre avec des artistes que j’ai la chance de pouvoir caster à Los Angeles.

Ca, c’est une vraie valeur, parce que cela nous permet d’avoir des titres qui sont très puissants, c’est-à-dire que tu peux aussi les jouer en club, comme des instrus à part entière, mais lorsque tu mets une bonne voix qui tue avec une bonne mélodie, tu peux aussi espérer avoir un passage en radio. C’est aussi pour cela que je crois beaucoup dans le projet « Ridwello » et dans les titres que l’on est en train de préparer, qui sont des titres vraiment super niveau harmoniques, mélodiques, interprètes, une vraie puissance en club !


Oui, je sais que tu travailles avec des chanteuses particulières, que parfois tu envoies des vocales à Ridwello, …


Joachim : Ce qu’il s’est passé pour un de ses titres, c’est qu’il a démarré un projet instrumental, par exemple 1 minute 30, ça suffisait pour m’inspirer, je le mettais en boucle, je rajoute un bridge ou un refrain, je croise une nana à Los Angeles, je lui fait enregistrer un vocal, que je lui envoie dans sa dropbox, et là il me rappelle en me disant « Ouais ! Mortel ! », parce qu’il ne s’attendait pas à ce que j’enregistre quelqu’un !


Donc, c’est vraiment une collaboration 50/50 à « 100% » !


Joachim : Par exemple, j’avais écrit une mélodie qui était d’enfer, et j’ai enregistré une chanteuse malaisienne qui s’appelle « ZE ».


Qui avait chanté sur le titre « My Boyfriend is a Robot »…


Joachim : Voilà, et aussi sur le titre « I’m Invaded » ! Nous l’avons enregistrée sur un titre super pour le projet Ridwello. J’avais une grosse journée de production, et du coup je lui ai tout envoyé pour qu’il puisse trier les voix !


Je reviens sur la performance de Ridwello au Zemixx 600. Tu as tout de même très bien assuré, et retourné la soucoupe, qu’est-ce qui t’intéresse dans le mix spécifiquement ?


Ridwello : Le ressenti ! J’aime bien la question, il fallait vraiment qu’on me la pose ! Je ne suis pas du tout dans la technique, c’est-à-dire que pour moi, le mix ne doit pas être linéaire, il doit être vivant ! Cela ne doit pas être enchaîné tout propre, kick sur kick, j’aime bien casser les choses et ne pas rester tout plat, bien callé, avec de belles transitions. Par exemple, à la fin d’un drop, j’aime bien switcher sur le break d’un autre morceau, partir sur un autre délire…Je n’aime pas quand c’est linéaire. Je pense que c’est aussi cela que les gens recherchent, il faut créer la surprise !


Joachim : Je trouve que le point fort de Ridwello en live, c’est l’énergie. Et l’énergie, c’est aussi du au fait que tu acceptes de faire des cassures. Ce n’est pas un mix hypnotique, bien que cela puisse être bien aussi. Mais ce n’est pas un mix ennuyant callé à 124 BPM et qui ne bouge pas pendant 01h15, tu vois. J’aime bien le mélange des sonorités. Dans le cadre du Zemixx 600, c’était très apprécié qu’il parte dans des trucs un peu électro, ensuite une petite sonorité trap, et deux secondes après, un truc vraiment pure techno. C’était super !


Oui, on l’a tous ressenti je crois, tout le monde a apprécié !


Ridwello : On reste dans les sonorités du moment, c’est-à-dire qu’actuellement on est vraiment dans la bass house. C’est un mélange de house music avec des rythmiques assez dubstep, electro… J’aime bien commencer un set live par ça, et casser au milieu avec de la trap music, et à la fin finir sur mon petit péché mignon qu’est la bounce music. C’est le style musical de Deorro d’ailleurs…


Joachim : Oui, exactement.


Ridwello : Ca retourne les foules, c’est un truc de dingue quoi !


Joachim : Je l’ai joué en Espagne d’ailleurs, « Moorea Groove » de l’EP, en direct sur Fun Radio, le samedi !


Alors, ce super titre avec Chris Willis, Beautiful, (Sirup), il sortira quand exactement ?


Joachim : Ca sortira en exclu sur Beatport le 9 juin 2107, et ce, pendant deux semaines, ensuite ce sera en exclusivité le 23 juin 2017 sur Spotify pour la fête de la musique.


Les voix, tu les avais enregistrées il y’a longtemps ?


Joachim : J’avais enregistré les voix, il y a environ un an et demi, deux ans, et j’avais fait un arrangement à l’époque qui était très gospel/pop, parce que l’on voulait faire un album pour Chris Willis assez gospel américain, et comme je n’étais pas satisfait de l’arrangement, j’ai préféré mettre le titre de côté. Tu sais, quand tu luttes avec un morceau et que tu essayes deux, trois arrangements différents, il vaut mieux le mettre de côté. Et ensuite, j’ai commencé à travailler avec Ridwello qui est assez à l’aise sur des tempos qui sont lents. Ce qui n’est pas mon cas.


Pourtant tu as fait un morceau avec Chris Willis, « Don’t Cry « dont l’original était à 115 BPM…


Joachim : Mais là, c’était très spécifique dans l’électro. Dans la pure électro à 115, je suis à l’aise. Mais dans les choses un peu plus actuelles, sur des tempos qui varient entre 105 et 115 BPM…ce ne sont pas des signatures rythmiques dans lesquelles je suis très à l’aise, car ce n’est pas de la musique que je passe en club. Par contre, Ridwello était assez à l’aise, car vu les ghostprods que l’on lui demandait, il avait déjà l’habitude de la tropical house, et donc, du coup, en repensant au refrain de Chris Willis, je me suis dit, que traité de la sorte, ce serait génial. Tu sais, quand tu as une mélodie que tu as enregistrée deux ans précédemment et que tu l’as encore en tête, là, je me suis dit, il faut qu’on le sorte ! Lorsque Ridwello a reçu les voix, il était complétement excité, car lorsque tu as un truc aussi bien chanté, avec autant d’émotion, c’est comme si l’on te donnait du caviar. Et du coup, je pense que cela a encore plus motivé son imagination. En moins de 24 heures, il avait fait deux propositions avec deux tempos différents. Et nous avons choisi la plus lente, la plus posée, et le plus dans le swing de la chanson. C’était très étonnant car bien souvent, quand tu fais des remixes, le gros problème, c’est que tu sens que la voix n’a pas été « originellement » chantée sur la musique, tu sens que la voix est additionnelle par rapport à un bloc instrumental, et là, quand tu écoutes cette chanson, tu as l’impression que Chris Willis chante sur la musique. Lorsque j’ai entendu ça, je me suis dit que l’on avait vraiment une bombe ! J’ai fait quelques arrangements supplémentaires, ajouté une mélodie dans le gimmick afin d’accentuer un peu plus la direction un peu timide dans laquelle était parti Ridwello. Je l’ai poussé dans un sens un peu plus pop assumé d’une chanson, Et quand Chris Willis a entendu le résultat il en était fou ! Il m’a dit « mais c’est incroyable ! », parce que le résultat fait que l’on a vraiment l’impression qu’il a chanté sur cette musique.


Oui, et je trouve que cet effet, ce synthé sur le mot « you » est vraiment exceptionnel, c’est très fort !


Ridwello : En fait l’instrumental était destiné pour cette voie là.


Joachim : Et je suis très content, car on a signé ce titre tous les trois, à une hauteur égale, et nous en sommes tous fiers ! (Joachim Garraud, Ridwello, Chris Willis).


On parlait de styles musicaux tels la bass house, la tropical house, etc. Que pensez-vous de l’EDM aujourd’hui ? Sachant que Joachim, tu as sorti un morceau présent sur ton dernier album qui s’appelait « The Witch Is Dead », où tu disais clairement que « The Witch » représentait l’EDM, et que c’était vraiment la fin. Penses-tu que ce mouvement s’essouffle petit à petit ?


Joachim : Tout comme le constat que je faisais déjà l’année dernière, je trouvais qu’il y avait beaucoup moins d’originalité dans l’EDM, et que tout se ressemblait, vu que tout était vraiment similaire….on est en train d’assister à une autodestruction de ce type de musique, par manque d’originalité. Et c’est vrai que lorsque j’ai sorti « The Witch Is Dead », « The Witch » étant la musique EDM, cela représentait vraiment ce que je voulais dire dans mon message. C’est-à-dire qu’à force de faire tout le temps la même chose, la sorcière est morte, et c’est fini pour l’EDM.


Mais je voudrais tout de même modérer mon propos, sinon les gens ne vont pas comprendre et se diront que l’EDM est terminée. L’EDM que l’on avait il y a deux ans est définitivement morte, et aujourd’hui, lorsque l’on écoute des artistes qui étaient très souvent classés dans l’EDM, ceux-ci ont choisi aujourd‘hui une voie différente. Je prends deux exemples : le premier, Martin Garrix. Lorsque vous assistez à l‘un de ses sets, c’est un peu comme si vous écoutiez la radio. C’est-à-dire que l’on n’est plus vraiment dans l’Electronic Dance Music, mais dans la pop, la dance music. Mais moins électronique, car tu as des filles, des mecs qui chantent, de la guitare acoustique, de la vraie batterie. Bref, on est dans la pop. A côté de ça, tu as de la musique développée par des gens comme Feder qui se sont inspirés du jazz par exemple, et qui sont beaucoup plus intéressants d’un point de vue musical. J’ai du plaisir à écouter ça. On est un peu sorti de l’EDM «  point point » qui était un peu toute pourrie. Je pense que la nouvelle scène de « musique électronique », même si j’ai du mal à l’appeler comme ça, en préférant les termes pop/dance music, fait que c’est plus crédible.


Ridwello : Moi, L’EDM, je ne vais pas cracher dessus, parce que je suis né avec ça, donc à savoir si elle est toujours vivante à l’heure actuelle, je te dirais oui, parce que beaucoup d’artistes en jouent encore en live. Je n’inclurais pas la bass house dans l’EDM, car c’est plus tiré de la house que de l’EDM, genre gros kick, avec gros lead trancy, etc.


Maintenant, si tu joues à l’heure actuelle, devant un public jeune, entre 20 et 40 ans, deux morceaux EDM, et deux de house music, ce sera plus l’EDM qui va les faire sauter. La musique tech house, techno, etc. est plus posée, contrairement à l’EDM qui va faire se soulever les foules. Les gens s’en foutent, ils vont sauter dans tous les sens. Après, c’est vrai, je rejoins Joachim sur le côté musicalité de la chose, c’est carrément moins musical, voire pas du tout, pour certains titres. C’est juste un gros kick, une grosse bass, et ils sont contents, et c’est ça qui a un peu détruit l’EDM.


Et vous ne pensez pas que dans un festival, ou en général, il y a deux courants assez distincts, tels un courant plus EDM où les gens sautent, et un autre courant orienté techno, house, avec plus de groove, et dans lequel les gens dansent ?


Ridwello : Exactement, c’est ce que je suis en train de dire ! Tu as ce public EDM, qui va juste sauter, ou ils sont comme des fous sur cette musique, qui au final n’est en fait que du bruit, des gros samples collés bout à bout avec du « sidechain » de la mort ! Et un autre public qui est plus, je ne dirais pas underground, mais qui est plus connaisseur, qui va écouter de la techno, de l’acid, de la house, de la musique bien plus mélodique. On retrouve ces deux publics dans un festival. Par exemple, si tu vas voir Dimitri Vegas et Like Mike, ou un Carl Cox, le public ne sera absolument pas le même !


Joachim : Juste une précision relative à L’EP qui sort chez Panda Funk, pour moi, ce n’est pas du tout de l’EDM…


Je vais terminer sur vos projets respectifs. Ridwello, tu as ouvert ton propre label depuis peu ?


Ridwello : Oui, il s’appelle « Madafaka Music », je l’ai monté au début de cette année. Je suis aidé par un ami, Greg, qui est un ‘A&R (artiste & répertoire) et qui gère toutes les démos, parce qu’avec tout le travail que j’ai à faire, que ce soit au niveau des productions, de mon album, des différents projets sur lesquels je travaille avec Joachim à côté, je n’ai pas le temps de traiter avec les artistes directement. Gérer un label est très difficile et demande énormément de travail.


Oui, et c’est extrêmement difficile de lancer un label aujourd’hui, il faut vraiment entrer dans une niche, un style particulier pour se démarquer au maximum. Quels sont les types d’artistes qui t’intéressent, qu’est ce qui va faire la différence pour toi ?


Ridwello : Mon label n’a pas de style. Je ne fais pas de contrats d’artistes, ce ne sont que des licences, donc je signe de la musique ! Il n’y a aucun favoritisme, niveaux amis ou quoi que ce soit. Il faut vraiment que cela me plaise, que ce soit original et de qualité. Si je reçois une prod qui pompe un autre artiste connu, par exemple, cela ne m’intéresse pas ! Je ne veux pas de plagiat, et beaucoup font cela malheureusement.


Joachim : Oui, tu as raison, à la fin cela devient fatiguant.


Ridwello : Je veux des artistes motivés qui croient en leur projet, car s’ils n’y croient pas, on y croira encore moins !


Et toi Joachim, tu as un nouveau projet, que tu as lancé…il y a huit ans…qui s’appelle aujourd’hui « Elektric Park » (anciennement « Inox Park »), peux-tu nous en dire un peu plus ?


Joachim : Oui, c’est une autre casquette, je travaille sur la production d’un festival de musique électronique qui s’appelle Elektric Park et qui se tiendra le 9 septembre 2017 en région parisienne sur l’Île des Impressionnistes…Ce festival englobe différents styles de musique, qui vont de la transe à la techno, en passant par un peu d’EDM, un peu plus bass house. Ce projet a été lancé il y a huit ans. Je suis toujours très enthousiaste à l’idée de gérer l’intégralité de ce festival. Quand je dis « intégralité », je précise que je travaille avec des équipes exceptionnelles…ce qui me permet de mener de front sa gestion, mes sorties de disques, que ce soit chez Sirup ou que ce soit l’EP sur Panda Funk.


J’ai également un projet très personnel assez barré qui s’appelle O.V.P. (initiales de « Oscillations », « Vibrations » et « Pulsations ») qui est un album de sound design, de recherche expérimentale, de musique concrète, de musique mathématique. L’album, qui fait 39 minutes, s’adresse particulièrement aux gens qui font du sound design, les sculpteurs de sons.


Ce sera sur quel label ?


Joachim : Je ne vais pas encore dévoiler le nom, car je n’ai pas encore eu de retour du contrat, mais ce sera sur un label de musique classique très réputé. Et c’est ça qui est exceptionnel pour moi, car apparaissent sur ce label des compositeurs du XVIIIème, XIXème siècle…


Tu rentres dans l’histoire d’une certaine façon…


Joachim : Pour moi, avoir la chance d’apparaître sur ce label qui supporte principalement des compositeurs de musique classique, traditionnelle ou contemporaine, c’est vraiment un retour aux sources du conservatoire. En ce sens que l’on peut être DJ, passer de la musique techno, électro,… je suis aussi content de laisser dans l’histoire de la musique un album de recherche qui est signé sur une maison de qualité, et qui va durer des années et des années.


Tu le mérites largement d’ailleurs !


Joachim : C’est gentil, mais pour moi, cela représente le grand écart que j’ai toujours aimé faire entre la musique classique traditionnelle et la musique expérimentale. J’étais content de pouvoir réunir tout cela au sein d’un même projet.


Pour terminer, la question Ready2Move ; un scoop de chacun ? Pour notre website ?


Joachim : Et bien, je vais te donner deux scoops ! Je vais laisser Ridwello annoncer le nom du groupe français que l’on a remixé, et je t’en donnerai un autre ensuite !


Ridwello : Alors là, ce n’est même pas un scoop, c’est « Ze Scoop » ! Le scoop c’est que l’on a remixé officiellement le groupe « Indochine » !


Joachim : Voilà, avec plusieurs versions d’ailleurs, et cela sortira chez Sony Music France, avec d’excellents relais : européens et même mondiaux !


Le second scoop, c’est que sur la scène principale d’Elektric Park, j’aurai le plaisir de présenter un nouveau live, mais ce sera également la possibilité pour tous les Spaces Invaders de venir écouter Ridwello en live qui jouera donc sur une grosse scène d’un festival français pour la première fois !


Tu étais au courant Ridwello ?


Ridwello : Et bien, j’en avais eu écho, mais là, Joachim vient juste de me le confirmer !


Et toi Joachim, tu passes nous faire un coucou à Tomorrowland en juillet ?


Joachim : Oui, tout à fait, je serai à Tomorrowland, avec entre autres, Bob Sinclar, Martin Solveig et Fedde Le Grand sur la scène du Versuz. Je suis très content de revenir à Boom !


Merci à vous deux ! On se retrouve dans onze ans ?


Joachim : Et bien oui, parfait ! Merci !

Ridwello : Merci  à vous!



12 Juin 2017, 7:25
by Nick In Time