Interview : Thierry Coppens

Thierry CoppensLa Démence, LA soirée gay connu et reconnu dans toute l’Europe dont certaines se déroulent à « Guichets fermés » étant donné le nombre de clubbers, fêtera cette année ses 18 ans. Le Fuse est, quant à lui, le temple de la techno en Belgique et fêtera ses 13 ans. Nous avons eu l’honneur d’interviewer le fondateur de ces 2 noms mythiques : Thierry Coppens. Nous ne lui ferons pas dévoiler ses secrets de sa longévité et de son énorme succès, mais de retracer un parcours hors du commun…

Bonjour Thierry, merci de nous recevoir, peux-tu nous parler un peu de toi, de tes débuts, que faisais-tu avant de commencer tes soirées ?
J'ai fait des études en droit durant lesquelles je travaillais d'abord au Quick et puis j'ai trouvé une meilleure opportunité de gagner un peu d'argent pendant mes études : c'était de travailler au "Fifty Five" à l'époque. J’y  travaillais comme barman et à un moment donné, le patron a eu l'idée de faire les dimanches gays, cela s'appelait "Le Délire". J'y étais responsable des soirées puisque j’étais gay. Il voyait que j'avais la main pour ça et j'ai donc travaillé pour lui en organisant ses soirées pendant un an. Ensuite, j'ai commencé à les faire pour moi-même en tant qu'indépendant et là, j'ai dû prendre un autre nom naturellement et les organiser ailleurs. J'ai donc pris le nom de "La Démence". J'ai commencé en octobre 1989 mais toujours en faisant mes études. Quand j'ai terminé mes études, je faisais les deux choses : il y avait les soirées de La Démence et j'avais mon diplôme de juriste. Je donc devais faire un choix. J'ai laissé tomber la carrière de juriste pour continuer dans le monde de la nuit et un an et demi plus tard, j'ai commencé "Le Fuse" avec mon associé de l'époque : Peter Decuypere. On a commencé en avril 94. J'ai donc lancé La Démence à Bruxelles en janvier 92 et à la mi-avril 94, on a commencé le Fuse. Mais j'avais déjà commencé les soirées Démence en 89 à Courtrai dans plusieurs endroits : d'abord au Château (c'était un petit château) et ensuite à Deerlijk (la région de Courtrai) puis on est allé à côte de là : au Carré Beach.

Comment t'es venu l'idée de faire tes propres soirées ? D'où viennent les noms de "Fuse" et "La Démence" ?
Le nom "Fuse" a été trouvé par mon associé de l'époque, ça vient en tout cas du milieu de la musique techno, de quelqu'un qui avait produit un morceau sous ce nom. Le nom de La Démence, c'est très simple. J’ai pris le dictionnaire et j'ai commencé par la lettre A jusqu'à ce que je tombe sur un mot qui me semblait bien pour ces soirées et j'ai vu démence et je me suis dit "Ah ça c'est le mot qui convient".

Le Demence

La Démence existe depuis plus de 15 ans, comment était-ce au début par rapport à maintenant ?
Cela a beaucoup évolué, au début c'était moins sexuel et maintenant c'est beaucoup plus sexe... c'est la grande différence par rapport à avant. Avant il y avait des thèmes, les gens se déguisaient, il y avait des décors, maintenant c'est devenu beaucoup plus drague. Avant il y avait aussi beaucoup plus d'héteros, des filles aussi, plus que maintenant. C'était plus fête, carnaval et maintenant c'est devenu plus hard, plus drague, plus torse nu.

La démence est devenu une véritable institution gay dans toute l'Europe, alors que le reste du gay clubbing belge a du mal à se maintenir, comment expliques-tu cela ?
Cela fait quand même plusieurs années qu'on attire une clientèle internationale et c'est un peu une spirale : plus il y a des gens qui viennent de l'étranger, plus ils en parlent autour d'eux et plus il y en a qui viennent et continuent à venir. Bon maintenant, si on prend les autres soirées gays en Belgique, le Red & Blue attire aussi beaucoup d'hollandais car c'est près de la frontière… Maintenant, les autres grandes soirées sur Bruxelles : il y a La Strong , La Naughty ... La Strong a un peu plus du mal a attiré une clientèle internationale, c'est assez belge je dirais. Par contre La Naughty, ils parviennent à faire une promo à l'étranger et je crois que ça peut à long terme aussi attirer de plus en plus d'étranger. Donc je pense que c'est le style qui attire peut-être plus facilement les étrangers mais aussi la grandeur de la fête. C'est clair que si c'est une très grande fête, avec plusieurs salles et plusieurs styles musicaux ou si la durée est très longue comme ici (La Démence), la soirée commence à 22h pour se terminer à midi. Donc ça vaut déjà la peine de se déplacer alors que ça vaut moins la peine pour d'autres soirées qui ont lieu en Belgique.

Fuse

FuseLe Fuse est également très connu dans toute l'Europe, de grands noms de la scène techno s'y succèdent, peux-tu nous raconter l'évolution du club ?
Dès le départ, le Fuse était techno et c'était une nouveauté à l'époque (en 94). Il n’y avait aucun autre club qui programmait de la techno et d'ailleurs, la techno n'était pas connue du tout. Et donc on a quand même fait un travail de pionnier ici en 94/95/96 a tel point pionnier qu'on a failli se casser la gueule les deux premières années parce qu'il y avait très peu de monde. Puis la techno a commencé à devenir plus commerciale, à être plus connue par le grand public. Et là, on a commencé par l'utiliser dans des spots publicitaires ... et puis comme « grand bond » en Belgique, il y a eu "I Love Techno" qui a vraiment fait que tout le monde a connu la techno et maintenant, on l'entend jouer dans beaucoup de clubs. Mais disons qu'ici quand même, la différence par rapport aux autres clubs, c'est que ça reste très pointu et chaque semaine on fait venir un artiste techno étranger. Dans la techno, il y a eu beaucoup d'évolution aussi, maintenant on parle par exemple beaucoup de « minimal techno », etc...

Thierry CoppensEn tant que clubber, quelles sont tes soirées favorites dans le monde ?
Ca dépend pour ce que je sors : soit je sors pour des raisons professionnelles, soit je sors pour des raisons privées. Si c'est pour des raisons privées, ce sera dans des soirées gays puisque je suis gay et là j'aime beaucoup ce qu'il se passe actuellement sur Paris. Ces derniers temps, je trouve que cela a bien évolué. J'adore également les soirées à Berlin. Paris et Berlin sont mes favoris. A Londres, il y a de bonnes soirées aussi naturellement mais ça fait longtemps que je n'y suis plus allé donc je ne peux pas vraiment en parler. Je trouve qu'à Barcelone, c'est un peu en dégringolade maintenant et à Madrid, j'y étais il y a peu de temps et j'ai pas trouvé ça génial. Mais par contre Paris, qui a été assez pauvre en soirée, je trouve qu'il y a beaucoup de bonnes soirées actuellement. Mais pour moi, Berlin reste quand même la capitale, l'endroit où il y a le plus d'innovations. Où l'on peut trouver des choses que l'on n'a pas encore vues.

Avec un nouveau website pour le Fuse ainsi que pour La Démence, que peut-on attendre comme nouveauté pour l'année 2007 ?
Dans ce que l'on fait, on ne fait pas vraiment de projets à longs termes. C'est un travail constant où on change tout le temps des petites choses, et on évolue dans des petites choses. La seule chose qu'on a comme projet, on va refaire l'entrée et puis la grande zone du bar circulaire, on va faire des rénovations assez importantes. Mais annoncer des grandes nouveautés, non, on va continuer à essayer d'offrir autant que possible une qualité musicale et de service aux clients comme on l'a fait dans le passé.

Merci pour cette interview et rendez-vous sûrement à tes prochaines soirées …

Site Officiel du Fuse : www.fuse.be
Site Officiel de La Démence : www.lademence.com

 

by EnriCa

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