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Interview: Eric Powa B

Eric Powa B

Il est cinq heures du matin. Une heure propice pour croiser, au détour d’un bar ou d’un after club quelconque, LA légende du Djing belge. Seulement voilà, ceci n’arrivera plus. Un état de fait inimaginable pour beaucoup. J’éprouve d’ailleurs un mal inexprimable à rédiger ces lignes et à transcrire cette interview datée du 20 juillet 2016.


J’en ai trouvé la force aujourd’hui. Pour vous, pour moi, espérant exorciser cette peine qui ne fait que se renforcer au fil des jours, mais surtout, parce qu’il le voulait, et qu’il me l’a encore rappelé la dernière fois que j’ai pu passer du temps avec lui. Bien trop court, toujours trop court. Saletés d’horaires.


Je connaissais le DJ, j’ai découvert un Homme plus fort que la majorité des êtres croisés au cours de ma vie. Durant les derniers mois de son incroyable existence menée à plein volume, Eric Powa B m’en a appris plus que je n’en avais emmagasiné en 10 ans. J’ai vu un vrai mec se battre de toutes ses forces contre une maladie qui ne devrait pas exister. Que ce soit au téléphone, ou lors de mes visites, il commençait toujours par blaguer, ce qui me décontenançait fortement au début. Mais il avait raison. Sans humour, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue…


Il a définitivement changé la manière dont j’appréhende, justement, la vie aujourd’hui. Il m’a transmis une force que je ne soupçonnais même pas exister.


Il avait cette « vibe » unique, cet enthousiasme qui le définissait, ce sens inné de la fête, une vivacité d’esprit, et une intelligence sociale à toute épreuve. Eric Beysens, de son vrai nom, rassemblait, unissait les foules, et nous emmenait toujours, et à chaque set, vers des univers aux antipodes de nos soucis quotidiens. Il nous remontait le moral, et il l’a fait jusqu’au dernier jour.


Musicien, Producteur et Dj, il aura vécu la musique sous toutes ses formes, en accomplissant un voyage remarquablement varié, tout en gardant une humilité sidérante, et constante, en toute situation.


Sous le nom d’Eric B, il fut l’un des DJ’s phares du mythique Boccaccio, quintessence du clubbing belge (et probablement européen), entre 1986 et 1993, sanctuaire et berceau originel de la New Beat, nommé selon les habitués : « le temple de la New Beat et de la House ». Il enchaîna les résidences, dont 10 ans à la Rocca (Lier), au Who’s Who’s Land (Bruxelles), fut à la barre du Fifty Five, du Mirano, des premiers balbutiements du Balmoral, et bien sûr, de La Gaité.


Il n’a bien évidemment pas manqué de s’exporter dans plusieurs clubs en dehors de nos frontières (entre autres : le Pulp, le Rex et le Queen, en France, le Pacha et l’Amnesia en Espagne, le Paradiso au Pays-Bas, etc.).


Ce pionnier (il faut bien le dire, car il en est devenu quasiment un synonyme sur la toile), aura laissé en héritage à des milliers de fans, qu’il aura d’ailleurs musicalement éduqué, des tonnes de K7 devenues collectors, de vinyls, de CD’s, ou encore de waves et autres formats, qui resteront ancrés à jamais dans l’histoire de la Musique. Signé sur des labels américains et européens de renoms, il aura encore explosé le top Beatport en juillet 2016 avec sa track chill-out : « Eric Powa B feat. Hugh The Duke - Pacific Palissade (Original Mix) », ce qui devait lui ouvrir, encore et toujours, de nouvelles portes, et contrées inexplorées…


Le film, désormais culte, « The Sound of Belgium » lui avait prodigué en 2012 une nouvelle exposition médiatique très largement plébiscitée.


Een rasechte Brusselaar, un vétéran, un curieux, un avant-gardiste généreux et entier,… La liste des qualificatifs ne saurait être exhaustive, tant Éric vivait dans l’instant, l’honnêteté, le partage, le tout couronné d’une dose parfaite de dinguerie unique et inimitable.


C’était beaucoup plus qu’un passionné, c’était un « Vrai ». Sa vie, il l’avait pleinement choisie, et il pouvait en être fier. Ce gars parlait « musique », au sens viscéral du terme. Ce qui lui importait, c’était la Musique en elle-même, et non les dérives superficielles et inutiles qui pouvaient parfois en découler.


Connaissant son affection pour le surréalisme, cette interview en a donc été subtilement imprégnée. S’enthousiasmant tantôt pour les début des machines analogiques utilisées en studio, tantôt pour tel ou tel morceau qui l’avait inspiré à un instant ou l’autre, et poussant le volume des morceaux à son maximum, il a répondu à mes questions dans un ordre que je ne prévoyais pas. Il était, en effet, immensément plaisant de se perdre dans des discussions musicales, philosophiques, ou même techniques, qui pouvaient quelquefois faire prendre conscience aux interlocuteurs, bouches bées, de leur ignorance.


Je vous livre cette rencontre telle quelle, le plus justement possible, après avoir trouvé, avec grande difficulté, un équilibre et un recul suffisant que pour écrire ces lignes.


Non, je ne te croiserai plus au détour d’une « after d’after », « glauque de chez glauque », ou encore aux platines d’un hôtel de luxe de la capitale, je ne verrai plus ce sourire et ces yeux pétillants qui accompagnaient tes sets irrésistiblement dansant,…mais rassures-toi, ton groove, ta force de caractère, ton humanité, et ta sensibilité exacerbée, qui m’ont toujours ému, resteront à jamais dans les mémoires. La Musique, intemporelle, ne t’oubliera jamais, elle nous l’a dit.


Let the DJ plays THE SOUND of B,… FOREVER !




Bonjour Éric ! Je suis vraiment content de te voir, ça fait un moment ! Et merci de m’avoir fait profiter de la session studio !


Voilà, tu as eu droit à une session complète. Je t’ai montré comment faire un morceau en un temps record…


Oui, je n’avais jamais vu ça. Super propre, terminé, emballé…


C’est pesé, Il n’y a plus qu’à faire le mastering !


Cela semble évident pour toi, en effet, je pense que c’est la différence avec pas mal de monde…


Bah, ça dépend, tu as des morceaux qui prennent plus de temps à faire, et d’autres moins. Si j’emploie un vocaliste, je suis obligé de revenir sur le track. Comme c’est un instrumental un peu plus deep house/tech house, et que c’est un truc plus dub, il n’y a pas vraiment besoin de revenir cinquante fois sur le morceau. Quand tu fais un truc avec des vrais instruments, ou des vrais vocaux (enregistrés en studio), tu es obligé de faire ta construction en fonction de la structure musicale.


Et la construction du morceau, cela ne te pose aucun problème ?


Cela devient une habitude. C’est-à-dire que c’est un peu comme tout. Tu prends par exemple un peintre, Keith Haring, et bien, à la fin de sa vie, il faisait ses tableaux d’une manière quasiment « mécanique », enfin,…pas « mécanique », mais ça devient des automatismes.


Et ça coule de source en plus…


Je pense que, quand tu produis beaucoup, cela devient une habitude, et les constructions, tu les as dans la tête. En entendant le type de truc que tu as fait. En plus, comme tu travailles en 4/4, tes constructions restent toujours dans un certain ordre établi, Avec un break plus long, plus court.


La production en elle-même, tu as commencé quand ?


Avant même d’être DJ.

A la base je suis bassiste. Je faisais partie de groupes New Wave. J’ai toujours été dans la musique.


Cela veut dire que c’était vital ? Que tu ressentais le besoin d’en entendre, de participer, d’en faire ou en profiter ?


J’ai toujours eu une attirance pour la musique, depuis tout petit.

Cela doit peut-être venir du fait que mes deux parents étaient tous les deux artistes. Mon père était comédien (N.D.R. : Robert Roanne), ma mère était photographe de mode. J’ai toujours été bercé dans le milieu artistique…et pas un autre…


Donc, pour toi, cela semblait naturel ?


J’étais fou de musique. Avec maman qui écoutait beaucoup de musique à la maison, notamment les Pink Floyd, j’étais toujours bercé dans la musique. Même mes cousins et cousines, qui étaient plus âgés que moi, étaient des hippies, donc cela coulait de source de me retrouver dans la musique.


Oui, d’ailleurs on ne te présente plus auprès des vrais connaisseurs, est-ce que tu penses que tu as grandi avec la musique, ou bien qu’elle a grandi avec toi ? Parce que tu faisais partie d’une mouvance…


Oui, à partir du moment ou tu es un acteur du monde de la musique, tu as un rôle à jouer, mais tu grandis avec la musique parce que elle évolue aussi en fonction de l’air du temps, des événements,… Il y a plein de choses qui interviennent, et c’est normal. Que ce soit la technologie, que ce soient des facteurs sociaux… [N.D.R. : Par exemple,] ce n’est pas tout à fait faux de dire que le punk n’aurait pas existé si il n’y avait pas eu de crise en Angleterre…Bien que le punk soit américain, mais bon,…oui, tu as plein d’évolutions musicales, de styles musicaux… Il y a des courants sociaux, des courants d’évolution technologique qui s’entrecroisent.

Justement, tu parles d’évolution technologique, on te connaît aussi comme un vrai puriste qui a grandi avec le vinyle. Je te vois travailler en studio aussi bien avec du hardware, qu’avec des softwares…aussi bien l’un que l’autre…


Mais c’est-à-dire que, le truc idéal, c’est de manier toutes les techniques ! De manier aussi bien le vinyle que le digital ! A ceux qui critiquent le digital,…je leur dirais qu’ils doivent vivre avec leur temps ! Je trouve ça stupide moi, les gens qui sont en train de jeter un tollé sur le digital ! C’est comme le mec qui critiquerait les voitures à l’heure actuelle, en soutenant que c’était mieux les carrioles avec des chevaux. C’est à peu près la même chose, Il y a une évolution technologique, ce n’est pas parce que certaines personnes emploient des moyens mis à disposition comme la SYNC (synchronisation) que…de toute façon,… Enfin, appuyer bêtement sur le bouton SYNC, ne permettra pas à quelqu’un de devenir bon ! Il faut d’abord qu’il y ait une question de choix (N.D.R. : de playlist) déjà, qu’il prépare ses trucs, donc c’est un peu absurde…


The Sound of Belgium…On n’en a beaucoup parlé, on en parle beaucoup et on en parlera encore énormément. J’avais une question un peu particulière à propos de la sélection musicale, comment a-t-elle été arrêtée ?


C’est à dire que c’est Geert Sermon de Doctor Vinyl et Jozeph (Devillé) qui ont élaboré le projet à deux. Ils sont partis de la base, de toutes leurs connaissances, et puis du b.a.- ba… Et finalement, ils en ont découvert encore plus que ce qu’ils en connaissaient, puisqu’ils sont tombés sur le Popcorn ! Qui d’ailleurs, date de bien avant leur temps, et avant le mien !


L’engouement pour la New Beat était assez fort dans notre pays et partout ailleurs, ce qui était une fierté nationale. Est-ce que tu crois qu’aujourd’hui, il serait encore possible de lancer un courant musical belge, ou bien la Belgique est un peu écrasée par les autres pays ? Que l’unicité qui existait auparavant a disparu ? En bref, est-ce qu’il y a encore moyen de travailler ensemble en Belgique ?


Si, il y a toujours moyen ! Mais la New Beat est arrivée, comme on l’a dit, par accident. Peter Bonne de « A Split-Second » explique que la première fois qu’il a entendu son disque, « Flesh », en 33 tours + 8 (N.D.R. : à la base, un 45 tours), il était complètement choqué de l’entendre joué de cette manière ! Il ne l’avait jamais conçu comme ça ! C’était un disque d’électro body music (EBM), c’est arrivé par pur accident, et puis, ce sont des trucs qui ont marché. Il pourrait encore y avoir un pur accident qui conduira à quelque chose comme ça,…en plus, on a bien une devise qui est « l’union fait la force » ! Donc il suffit de s’y remettre…


C’est vrai, que ça fait longtemps que tu fais de la musique, que tout le monde te respecte énormément, et ce, depuis tes débuts. Est-ce que tu as toujours cette flamme, et cet engouement pour la musique ?


Oui et heureusement !


Je trouve ça extraordinaire, que, en plus, cela se renforce. Est-ce que tu ne penses pas qu’il y a des gens que l’on a perdu en route, parce que, justement, ils devenaient aigris, et qu’ils se sont mis des barrières à eux-mêmes ?


Je crois que ça se retrouve dans tous les arts, dans toutes les disciplines. C’est un petit peu comme dans un marathon, le marathon de la vie, le marathon de la musique, il y’en a toujours qui abandonnent en cours de route, c’est une question de volonté et de détermination…et de foi !


Et de passion aussi…


Je crois que tu dois garder la flamme. À partir du moment où tu n’as plus le feu sacré, je crois qu’il vaut mieux arrêter. C’est le feu…toujours avoir le feu, toujours avoir envie. Je crois qu’il faut toujours avoir un certain recul,…garder un regard un peu naïf, c’est-à-dire,…toujours pouvoir s’émerveiller, ne pas être blasé. À partir du moment où tu es blasé, c’est déjà trop tard…


Tu réalises qu’il y a beaucoup de gens qui t’admirent ? Que tu fédères, que tu réunis beaucoup de gens ? Est-ce que tu le prends comme une responsabilité, ou tu n’y penses pas…?


Ce n’est pas vraiment une responsabilité,…c’est plaisant, mais bon, je n’en acquière pas…

Je n’ai pas un côté plus grande gueule à cause de ça. C’est aussi ça…je reste aussi simple, je m’en fous. C’est agréable de savoir que l’on est apprécié, mais quand tu es apprécié, tu peux aussi être détesté. Ça dépend des gens. Allez, d’accord, c’est plaisant, c’est ça qui te stimule,…disons que c’est ton leitmotiv quand tu joues,…c’est la joie du public…


Tu apparais sur des labels comme Sony music, Pias, Accor, Homecoming Music,…


Oui, et surtout sur des labels américains comme Nite Grooves, qui est un label mythique depuis 1993, qui est le label de Kerri Chandler, Dimitri from Paris…Et donc, j’ai atterri là-bas tout à fait par hasard. Il y a six ans j’ai envoyé une promo, ils ont bien aimé parce qu’ils trouvaient que les sons étaient assez dans leur lignée, qui est assez américaine. Ils ne vendent pas énormément par ici mais, beaucoup plus aux Etats-Unis et dans les pays anglo-saxons…mis à part quelques puristes, il y a très peu de belges qui en achètent. Ce n’est pas un label de masse, mais qui est, disons, axé deep house, old school, et soulful. Je compose parfois des morceaux soulful. Ce n’est pas une musique très évidente ici en Belgique. Déjà, il y a le « truc de la langue », et en plus, cela vient plutôt de la culture black que de la culture blanche. Donc aux États-Unis, il y a tout un milieu qui est fou de toute la scène new-yorkaise,… Donc moi, je travaille sur ce label, Night Groove, sur King Street Sounds, mais aussi sur un nouveau label de Miami qui s’appelle Heavenly Bodies, et qui fait énormément de compilations pour tous les hôtels de Miami, et qui a un côté plus « loungy » sulfureux. D’ailleurs, il suffit de voir les pochettes, c’est très fort dans l’esprit « Miami Beach ». J’ai aussi signé des trucs comme tu le dis chez Pias, mais il y a bien longtemps, et notamment un album qui s’appelait « Blast and Powa ».


Moi, je te pose la question parce qu’à l’époque je te connaissais sur Pias…


Oui, oui, mais après, j’ai travaillé chez LowLands pendant très longtemps pour un ami à moi qui est décédé, et qui s’appelait Tom De Weerdt et qui avait ce label (Lowlands), sur lequel était signé, entre autres, Vive la Fête, Daan, et tout ça. Moi, j’avais fait un projet électro chez lui qui s’appelait « The Backlash » sous le nom « Éric Powa B », qui était plus expérimental analogue, qui était un peu un retour aux sources. C’était plutôt un clin d’œil à cette époque pré New Beat. Je faisais ça avec Lowlands,… Dieu ait son âme. Tom nous a quitté, il y a maintenant, je crois, deux ans. C’est une personne qui a fait énormément pour la musique, et c’était lui, je crois, le plus gros distributeur qu’on avait pour le Benelux.


Et toi aussi tu fais toujours énormément pour la musique, et c’est pour ça que l’on t’aime aussi d’ailleurs, en tout cas pour ceux qui aiment la musique.…


…Oui, Donc, comme tu l’as dit, j’ai aussi travaillé sur Homecoming Music,


C’était avec Tofke…


Oui, c’est un projet avec Tofke, que l’on continue d’ailleurs, et qui s’appelle Radical Bastards, et donc, on est signé sur Homecoming Music,…


Oui, je me souviens, ce morceau m’a marqué directement, je l’ai entendu une fois, il y a un an, et cela a suffi pour le garder en tête…


Y a le soleil, y a le ciel, y a la mer…et y a toujours ta mère,…c’est assez rigolo…


Cela représente un petit peu le talent, et le surréalisme belge…


Oui, c’est assez surréaliste,…


Et la voix reste tout de même assez prenante bien que ce texte soit totalement décalé…


Oui, cela vient d’un vieux film, je ne vais pas dire la source, parce que beaucoup pensent à quelqu’un en particulier, mais ce n’est pas du tout la personne à qui les gens pensent. Je ne vais pas donner de nom…


Parce que, lorsque l’on entend la voix on se demande dans quel sens on va aller…


Il y a le soleil, la mer, et ta mère !


Là, je viens de te voir faire un morceau, avec des effets, pas de voix particulière…Mais il y a un groove, un groove terrible, c’est hyper efficace, tu te mets à danser immédiatement. Comment travailles-tu lors de tes sessions avec les chanteurs et avec les instruments ?


A l’heure actuelle,…parce qu’avant, quand on travaillait avec un chanteur, on allait en studio, on travaillait ensemble. Je composais une ligne de basse ou une ligne de clavier, et lui trouvait une « song », et il posait sa voix dessus. Maintenant, on travaille tout à fait autrement. Je compose un track que j’envoie à un chanteur, qui lui, m’envoie ensuite des voix, donc, carrément avec une structure chantée. Ensuite, je remodifie tout le morceau, et j’en fait une chanson, comme on a fait avec Alex Ander et Nicole Mitchell pour Purple Music, le label de Jamie Lewis, il y a environ trois ans.


Éric pousse la musique à fond les ballons et joue Alex Ander & Eric Powa B - Runaway, on ne s’entend plus, mais on danse ! Éric m’explique comment aligner une composition instrumentale sur la voix de la chanteuse dans ce cas particulier, qu’est la soulful.


Numéro un sur Beatport chill-out avec « Eric Powa B feat. Hugh The Duke - Pacific Palissade (Original Mix) », tu cartonnes ! Parle-moi un peu de ton saxophoniste,…et flûtiste…qui n’est pas n’importe qui…


Oui, dans le morceau, la flûte et le sax, c’est Hugo Boogaerts (Hugh The Duke). C’est un musicien de jazz qui a notamment joué avec « Deep Purple » le groupe de rock.

Avant, il avait un groupe très novateur qui s’appelait « Wizard of Ooze », c’est le seul vrai groupe de funk belge…C’est vraiment un très bon musicien.


Éric me fait écouter « Wizards of Ooze Feat. Anca Parghel - Psychovibes II » (1994).

Harry Thumann - Underwater (1979), Bill Withers – You got the Stuff (1978), Johnny Harris – Odyssey (1980).


Comme je te vois là, en studio, tu travailles toujours avec des gens que tu apprécies, et en qui tu as confiance…


Oui, toujours ! Il doit y avoir un vrai feeling pour faire du bon boulot… Tu dois toujours rester bien entouré…


Cela t’a toujours fort intéressé de développer des styles nouveaux ou méconnus ? Comme la soulful dont tu parles ici ?


J’ai toujours aimé développer des trucs nouveaux. J’ai toujours été fan de David Morales, de gens comme ça,…comme Mark Picchiotti, qui travaille d’ailleurs sur le même label que moi. J’ai toujours bien aimé la soulful, c’est le style paradise garage…


Et là, c’est reparti pour deux autres versions : Alex Ander & Eric Powa B feat. Nicole Mitchell – Runaway (Carlos Vargas Classic Remix) et le (Juan Pacifico Disco Remix).


En réalité, la soulful, c’est la continuation de la disco,…


Et comment choisis-tu tes remixeurs ?


En fonction du style de morceaux,…tu dois vraiment prendre des gens qui sont dans l’esprit disco, funk,…


Et c’est dur de s’entendre « remixé » ?


Non, c’est chouette, des fois tu as tout à fait d’autres idées, par exemple, je vais te faire écouter d’autres chose que j’ai fais…


Éric va sur Traxsource, et m’explique que :


Là, j’ai beaucoup de morceaux qui sortent sur cette plate-forme et pas sur Beatport, parce que Traxsource est américain et qu’ils ne sortent pas les mêmes versions.


Parfois, il peut y avoir des restrictions territoriales…



Oui, cela arrive très souvent. Par exemple, parfois, les labels américains ne donnent pas la permission pour tous les territoires. Je ne sais pas pourquoi. Par exemple, ça c’est un truc que j’ai fait,…


Eric joue : Eric Powa B – Positive Attitude (Nite Grooves), ensuite le remix : (Ander Roots Mix). Eric Powa B - Paradise Garage (Deep Hertz Summer Remix).

Eric Powa B - Soul Revolution (Deep Hertz Vocal Mix)


Deep Hertz (aka Rohann Nunez) qui m’a remixé est basé à Dubaï…


On repart avec : Ben DJ - 7 Seconds (Eric Powa B Deep In My Soul Remix)


Cela reste toujours un peu dans le style deep NU disco soulful, toujours dans les mêmes eaux…


Est-ce que c’est la mélodie que tu privilégies pour travailler lorsque tu fais un remix ?


Non, j’aime bien les basses, la rythmique, la mélodie, tout, mais j’aime bien que cela ait toujours un côté funky, funky disco, j’aime bien que ça groove,…il faut qu’il y ait un groove !


C’est un peu particulier de t’interviewer parce que je t’admire depuis longtemps. Tu as toujours pris du temps pour les autres, pour donner des conseils, en gardant une certaine humilité naturelle, parce que moi, à l’époque, j’entendais parler de toi, et je te rencontre au Fuse, et je me souviens que je t’ai traîné jusque dans ma voiture pour te faire écouter mes morceaux, pour savoir ce que tu en pensais…


Oui, oui, je me souviens, il y avait aussi un copain à toi…


C’était Bartosz Brenes. Je lui explique qu’il est parti au Costa Rica.

Quand je dis que tu fédères, ce que je voulais dire c’est que l’on était fier de pouvoir te rencontrer, et même d’avoir un feedback, cela prouve que ceux qui ont continué ne s’intéressaient pas à toi par hasard, tu restes une valeur musicale sûre, et une référence pour énormément de gens.


Tu as récemment été intégré en tant que personnage de fiction, un personnage dont s’est inspiré Philippe Renaud pour son livre le black. Il est quand même très reconnu, il a des amis dans tous les milieux…


Il est reconnu en tant que producteur de disques, C’est un type qui a des amis dans tous les milieux de la jet-set. C’est un copain de Paul Loup Sulitzer et de gens comme ça…

À une époque, il était producteur et produisait des compilations en France, à Paris. Il n’a pas fait que ça, il sortait beaucoup de trucs New Beat. À cette période, il m’a booké à Marrakech. Il aimait vraiment bien mon personnage, et il l’a incorporé dans son roman.


J’ai découvert un de ses morceaux de 1975 qui était d’ailleurs très avant-gardiste. C’est quelqu’un que tu connaissais déjà musicalement ?


Oui, parce qu’en réalité, c’est l’un des premiers gars, avec le père de Thomas Bengalter, qui a fait de la musique électronique un peu expérimentale… Mais en même temps, ils ont aussi fait du commercial. Philippe était le patron du label Clever Sur Carrere.


Ce gars écrit un livre sur la musique où il t’introduit comme personnage….je me suis renseigné, et j’ai trouvé sur YouTube des morceaux de 1975 qui étaient complètement avant-gardistes ! Assez expérimental comme tu dis…


Comme « Noëls Cosmiques » (Album, 1977), « Concerto pour Enfant et Moog » (1975),…


Voilà ! Et moi je me suis dis, c’est quand même incroyable, 1975, est-ce bien le même ?


Tu vois, bien souvent, sur Discogs, il y a des gens pour qui il n y a que trois morceaux qui apparaissent. Il faut cliquer sur « Writing & Arrangement » pour en voir plus. Il a fait les « Rockets » ? Tu connais ?


Ça oui, mais je n’ai pas tilté tout de suite,…


Future Women, Tu connais ?


Éric me fait écouter « Future Women » des « Rockets » (Face B du vinyl « Fils Du Ciel »).



Bien avant Daft Punk, tu avais les « Rockets »…Et je ne sais pas si tu connais mais… Il travaillait aussi avec Didier Marouani, qui a créé le groupe Space. C’est la même engeance.


Éric me montre des clips, me fait voyager à travers les époques, et me dévoile un tas de chaînons musicaux manquants..., un autre morceau dans lequel Philippe Renaux est à la guitare…


Ce sont des moogs, c’est rigolo,…c’est « Daft Punk avant Daft Punk » ! Mais alors tu vas voir qu’ils faisaient carrément du funk…c’est Marouani et Philippe Renaux en 1977. Il y a toute une partie ou tu as vraiment un rythme.…les guitares.…


Qu’est-ce que tu penses de la vision générique que l’on peut avoir de l’artiste qui est habituellement à côté de ses pompes ? Est-ce qu’un artiste doit être obligatoirement un peu défoncé ? Est-ce que c’est une légende, ou ce sont des gens qui ont beaucoup plus de sensibilité, qui ont tendance à pouvoir s’évader facilement ?


Ce que je crois, c’est qu’il y a plus de sensibilité, et que cette sensibilité s’accommode facilement avec des drogues, qui, tu crois, peuvent t’aider à vaincre ta timidité, mais ce n’est pas nécessaire. L’artiste a souvent une sensibilité exacerbée, en marge de la société, en avance sur son temps. Tu as des gens qui se disent artistes, mais qui ne sont pas artistes, et qui sont justes copistes,…qui tentent de copier. Parfois, tu as des artistes qui sont complètement décalés par rapport…au temps, et qui amènent une nouvelle dimension.


Prince, par exemple était un gars qui était réellement visionnaire…Allez, un autre exemple,…Chilly Gonzalez (Grammy Award pour participation à l’album des Dafts Punks, Random Access Memories), c’est un type vraiment génial, c’est un gars que j’adore,…un musicien très haut de gamme et un super claviériste. Il a collaboré avec Boys Noize, avec plein de gens, mais il joue aussi de la musique classique.


Eric me fait découvrir la video Chilly Gonzalez – Bittersuite, avec en guest stars dans le clip, Tiga and Peaches…


Ce qu’il a fait aussi, c’est une série de vidéos dans lesquelles il se moque de tous les musiciens, ce sont les « 1LIVE Chilly Gonzales Pop Music Masterclass ». Par exemple, il t’explique comment on fait un « Get Lucky », et nous démontre que Daft Punk utilise très souvent les quatre mêmes chordes. Le morceau, il déboîte tout ! Les accords, la rythmique avec le texte, c’est ça qui a fait le succès du titre de 2013…


Tu trouves que c’est de la copie, du bon collage ou de la création ?


Non, c’est de la création.

A un moment, la musique devient aussi du business…

Je vais te dire, il y a beaucoup d’artistes qui sont arrivés,…Tu sais il ne faut jamais avoir honte d’être devenu « commercial », entre guillemets, parce que « commercial » ne veut pas dire pour ça que tu es mauvais. Tu ne l’as pas créé pour être commercial, c’est que les gens apprécient ton œuvre…


Parce que c’est aussi « plaire au plus grand nombre »…


Si tu fais de la musique, si tu pratiques un art, c’est quand même pour que les gens le voient, Ce n’est pas pour que les gens l’ignorent totalement.


Tu ne penses pas qu’il y a certains artistes qui préfèrent vivre l’instant magique de la création ? Qui préfèrent être dans « le fait de le faire », et que le partager est toujours plus difficile, ou…


Mais à ce moment là, tu ne fais pas d’art, tu ne fais pas un art si tu ne veux pas le propager à tout le monde ! Tu ne vas pas peindre un tableau si ce n’est pas pour le montrer, alors tu ne le peins pas quoi… Donc t’as toujours un but, même si ce n’est qu’une seule personne qui le voit. ! Tu n’as pas forcément envie d’être reconnu de 100.000. Tu as envie d’être apprécié ou critiqué, parce que la critique est toujours bonne…


Tu la prends bien maintenant la critique, j’imagine…


La critique, c’est toujours bien. J’ai toujours dit : « que l’on parle de toi en bien ou en mal, du moment que l’on parle de toi, c’est toujours bien ! ».


Et quand tu étais plus jeune, enfin maintenant tu es confirmé,…tu passes d’un genre à l’autre hyper naturellement, tu n’as plus rien à prouver à personne, mais, est-ce qu’ à l’époque tu as eu des doutes sur toi-même ? Parce que je t’ai toujours senti super à l’aise…


Tu dois toujours te remettre en question, c’est ça le principe, c’est ça que tu me disais, des gens qui ont abandonné en chemin…Parfois, ce sont des gens qui ne se sont pas assez remis en question,…parce qu’il faut se remettre en question. Tu dois te remettre en question, tu dois évoluer… L’art évolue, les métiers évoluent…Tout évolue ! C’est une éternelle remise en question. Tu dois être sûr de toi, assertif, mais te remettre en question, chercher ce qui ne va pas, chercher à évoluer et non pas à stagner sur des positions qui ne te feront pas avancer.


Revenons au sujet du livre de Philippe Renaux, « Le Black ». C’est quoi le pitch ?


Philippe, aka Prince, est associé avec son meilleur ami Alan. Tout les deux s’aident mutuellement, Alan va ramener des contacts, et Prince les idées. Ils vont monter un hôtel de luxe au Kenya, « Le Black », dans lequel tout est permis. Vices et autres plaisirs n’étant réservés qu’aux riches... Mais le succès commence petit à petit à s’émousser,…et là, s’engage alors une lutte désespérée pour sauver « Le Black »…Mais subitement, un événement inattendu va relancer le business, et même le booster. Le tout étant accompagné de DJ’s, dont moi-même…


Et comment se fait-il que tu aies été repris comme personnage ?


Philippe ayant toujours aimé la musique et étant un ami, chaque fois qu’il est en Belgique, il ne manque jamais de venir me voir. Un jour, il m’a dit en déconnant ; « tiens, je vais écrire un livre, et tu seras l’un des personnages !». Et là, je me suis dit, oui, pourquoi pas ? Je n’ai plus entendu parler du projet durant un moment,…et finalement, juste avant la parution papier du livre, il m’a annoncé que j’étais bel et bien l’un des personnages repris sous le nom d’Éric Power B !


Vous-vous connaissiez depuis longtemps ?


Depuis les années 2000…


Et ça a collé tout de suite entre vous ?


Oui, oui, en plus, c’est quelqu’un de très érudit.


Je l’ai rencontré par hasard chez Moustache, je ne savais pas que c’était lui. Il se tenait à tes côtés et nous avons un petit peu échangé. C’est effectivement un mec hyper intéressant. Tu te rends compte qu’il a du…


Il a du vécu, oui.


Éric envoie du son, et me fait écouter :


Powa & Gold – Fleshtone (2016)

Voyage – Souvenir (1978)

Cat Stevens – Was Dog a Doughnut (1977). Éric me dit que c’est l’unique morceau à consonance disco produit par Cat Stevens, me fait remarquer des similitudes frappantes entre plusieurs titres…

The Earons – Land of Hunger (1984)

The Earons – Land of Hunger (Maxi extended Rework Cole’s Deep n’Dark Club Mix)

Azari & III – Hungry for the Power (2011).


Éric me parle d’un nouveau morceau en collaboration avec Tofke, on s’emballe à parler production, de ses compresseurs hardwares (Avalon, Manley,…) ou encore de brick wall. Il m’explique l’intérêt des compresseurs à lampe, qui réchauffent un peu le son, qui n’ont pas trop d’utilité pour la techno parce que le mix sonnerait un peu flat… Nous débattons de mastering, de LANDR et autres controverses en tout genre…Quand Éric lance un inattendu :


Il y avait encore d’autres questions ?


Perdu au fin fond de nos discussions de passionnés audiophiles, et complètement décontenancé par ce retour subit à la réalité, je restais un moment déconcerté... Ce qui a provoqué un fou-rire général et spontané. A cet instant, Éric nous a balancé du son à en faire tomber le clocher et pisser les vaches. La soirée s’est terminée tard dans la nuit, après avoir continué à échanger musicalement…



22 Mars 2017, 11:11
by Nick In Time