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Olivier Gosseries

La Belgique a ses monstres sacrés et cultive ses propres talents. Le Belge aime faire la fête, connaît l'autodérision, le partage désintéressé, est battant et reste positif en toutes circonstances.

Olivier Gosseries, c'est un peu tout cela à la fois : l'explosion en tant que DJ dès son plus jeune âge, le partage des nouveaux styles musicaux qui nous ont tous marqués lors de la naissance de l'Acid House et de la New-Beat, des résidences dans des clubs que l'on ne présente plus tels que L'Imaginaire, le Vaudeville, le Mirano, ou, faut-il encore le nommer, le cultissime et légendaire sanctuaire bruxellois : le Who's Who's Land.

Reconnu tant à l'étranger que sur la scène de la musique électronique belge, ses collaborations avec Junior Jack, et ses projets solo dans la production, l'ont ancré définitivement dans l'histoire de la House Music.

Si, Olivier Gosseries occupe bien une place de choix dans l'histoire du clubbing belge, il n'est pas difficile d'admettre qu'il en est toujours, et sans conteste, l'un des piliers.

Son solide background aidant, agrémenté aujourd'hui du concept Noisy Boys qui rassemble des clubbers de tous horizons dans une atmosphère festive et branchée ou encore ses chroniques récurrentes à la radio, permettent de lui prédire un avenir qui se dessine palpitant, car nous n'avons pas encore tout vu, et certainement pas tout entendu !

Pour Ready2Move, serein et posé, il se livre en toute sincérité, sans détour et sans faux-semblant.

Olivier Gosseries pourrait bien vous surprendre. Go with the flow…




Olivier, bonjour !


Bonjour ! Ça fait plaisir de te voir !


Olivier Gosseries, c’est un nom que l’on entend depuis hyper longtemps, un nom que tout belge doit connaître. C’est un peu comme si tu avais toujours été là !?


Je le prends plutôt bien, et pas comme un défaut ou comme une critique, c’est chouette, et si je fais partie des meubles, tant mieux !


Tu as tellement d’années de DJing derrière toi, qu’en faisant un petit calcul, je pense que tu n’étais pas majeur à l’époque…


Non, j’avais 16 ans, et ça fait plus de 25 ans déjà ! Même si les bases fondamentales du métier sont les mêmes, celles-ci ont beaucoup évolué, le paysage du DJing a beaucoup changé.

Moi, je n’ai pas été trop perturbé par les nouvelles technologies, au contraire j’essaye toujours de prendre ce qui est bon partout. Je vois beaucoup de critiques aujourd’hui sur des pseudo-DJs. C’est-à-dire des DJs qui seraient devenus DJs en 5 minutes, grâce à ce que la technologie peut apporter aujourd’hui. Mais je pense que cela reste avant tout un feeling, c’est-à-dire un truc que l’on a, ou que l’on n’a pas. Et je pense qu’on est naturellement doué pour être dj. Je dis toujours la même chose : être un bon DJ, c’est passer le bon morceau au bon moment. Chaque moment de la journée, chaque instant de la vie correspond une musique. Il faut la trouver. Je pense que c’est ça être un DJ,…Par exemple ici, on est à deux chez moi, il y a un peu de soleil, un peu de pluie etc… et je peux trouver une musique amusante pour habiller ce moment. La musique que l’on écoute à 16h00 n’est pas forcément la même que celle que l’on écoutera à 23h00 ou à 03h00 du matin. Après, tu peux prendre tous les appareils ou toutes les applications d’aujourd’hui pour faire le DJ, c’est de l’artifice, cela ne compte pas. Tu peux être très mauvais techniquement ou jouer avec des platines de merde, mais parvenir à créer quelque chose. Pour moi, c’est ça être DJ.


Donc pour toi, le plus important c’est de sentir le public, et pas de savoir si tu dois mixer avec vinyles, mp3 ou orgues de barbarie…


À fond ! Et je pense que je m’améliore encore avec le temps. Aujourd’hui, j’ai plus de bouteille et je pense qu’il faut aussi avoir les bons disques. À l’heure de la digitalisation, je suis parvenu à stocker un grand nombre de disques, je suis donc rarement pris en défaut. Avant, lorsque je mixais encore au vinyle, je ne pouvais pas prendre 20.000 disques avec moi. J’avais un stock limité de 400 - 500 disques, et ça pouvait m’arriver de me dire, tiens, celui-là, il serait bien passé. Et je ne l’avais pas, alors qu’aujourd’hui, oui. Donc c’est un avantage.


C’est pratique en effet, tu as toujours un disque de New-Beat disponible… Si je calcule bien, tu as commencé à mixer en 1986, à environ 16 ans, quand ce mouvement se développait très fort…


Oui c’est cela, plus ou moins. Quand j’ai commencé à sortir en boîte, j’étais encore plus jeune, j’avais 13 ans (accompagné de ma sœur, ou de quelqu’un d’autre) et je me suis tout de suite senti à l’aise, j’étais chez moi ! Je n’ai pas eu de phase d’observation.

Je me suis tout de suite senti acteur et pas spectateur. Je dansais comme un fou, et là, c’était avant la New-Beat. Les premiers DJs que moi j’ai entendu, c’était des mecs qui parvenaient à mixer plusieurs styles de musique, mais c’était de la musique club, c’est-à-dire qu’il y avait une grosse différence entre aujourd’hui et maintenant, même si je pense qu’aujourd’hui, cette différence existe encore. Mais elle était encore plus marquée à cette époque-là. La musique que l’on jouait en boîte était de la musique faite pour les boîtes. C’est une musique que l’on n’entendait pas à la radio, et que l’on ne voyait pas à la télé.


Et l’on ne voulait pas qu’elle y passe d’ailleurs !


Je n’ai pas le souvenir, ou alors j’ai une mémoire sélective, que les gens qui sortaient à l’époque et qui n’étaient pas tous des connaisseurs, se plaignaient de la musique jouée en boîte. Ils ne demandaient pas de passer le dernier morceau de Michael Jackson par exemple…


Ou le dernier Britney Spears…


Voilà, exactement, il s’agit juste d’un exemple bien évidemment (je n’ai rien contre Michael Jackson). Ce que je veux dire, c’est que l’on ne demandait pas spécialement l’artiste en vogue qui avait vendu le plus de disques, mais on respectait, on écoutait ce que le DJ jouait.


Les DJs commençaient-ils déjà à être élevés au rang de star à cette époque ? La starification débutait-elle petit à petit ?


Il y avait, non pas des stars, mais des vedettes locales…


Oui, ce que tu veux dire c’est que les gens les suivaient…


Il avait des DJs qui gagnaient déjà très bien leur vie. Par exemple, il avait des DJs qui pouvaient prendre 25.000 anciens francs belges à l’époque pour la nuit, ce qui correspond aujourd’hui à environ 1000 - 1200 € la soirée. S’ils mixaient dix, douze fois par mois, c’était déjà pas mal du tout ! Tout en tenant compte que la vie était beaucoup moins chère qu’aujourd’hui. Cela correspond à quelqu’un qui aurait l’aisance de gagner 14.000 - 15 000 € par mois. C’était pas mal, tout en sachant qu’il y avait beaucoup d’argent non officiel.

Ensuite, la New-Beat est arrivée, parallèlement à la House. La New-Beat est née au moment où la House Music est née. C’est la même histoire dans deux pays différents au même moment, et forcément, la Belgique avait un avantage, c’est que nous, on s’inspirait de ce qu’il se passait aux Etats-Unis. Le contraire n’était pas forcément vrai. On avait vraiment l’avantage d'être la plaque tournante, d’écouter tout ce qui passait, partout, et l’on récupérait tout ce qui était bon, on l’a assemblé, et c’est devenu la New Beat. A cette époque, j’étais ado, toujours étudiant. Je découvrais ce son, et je m’en imprégnais. Moi, ma carrière a vraiment commencé au début des années 90’ Et là, on est en pleine explosion de la House…


…Et c’est à ce moment-là que tu as vu ta vie s’orienter vers la musique, vers le DJing, et non pas vers un métier classique…


Je terminais mes études, c’est-à-dire le moment où tout le monde se demande ce qu’il va faire ensuite. Voilà, j’ai mon diplôme, je fais quoi ? Je continue à mixer, et pour le reste, on verra. Je n’en avais pas encore exercé de métier à ce moment-là. Et je me suis dit, puisque je gagne déjà des sous avec ça, que ce n’est pas encore mon métier, mais que cela pourrait le devenir, j’ai décidé de continuer mes études. Donc je me suis fait plaisir et j’ai choisi des études que je n’aurais pas forcément faites si je devais absolument trouver un boulot : des études artistiques. Mais je me suis mis dans une position privilégiée, celle de pouvoir continuer des études pour le plaisir, pour apprendre, tout en bénéficiant du statut d’étudiant qui est quand même assez intéressant. Tout ce que je gagnais à ce moment-là, c’était de l’argent de poche. Je me suis bien amusé et fort enrichi parce que j’apprenais beaucoup de choses la semaine en tant qu’étudiant, et beaucoup de choses avec le DJing le week-end.

Maintenant que tu me fais penser à tout ça, j’étais un vrai étudiant la semaine, et puis le week-end, parfois, on partait à Paris mixer ! C’étaient des aventures un peu dingues ! Surtout, que c’était sans doute la meilleure période des discothèques en Belgique !

Toutes les boîtes marchaient, quasiment. D’ailleurs, c’est simple ; si elle ne marchaient pas, elles fermaient, et n’avaient même pas le temps d’exister. Il y’en avait partout, que ce soit dans la région de Tournai, Gand, Anvers,… à Bruxelles, c’était canon !



Tu sentais naitre l’explosion des discothèques…


Il ne fallait pas s’exporter, on pouvait faire une très belle carrière rien qu’en Belgique, on était doué, on était à la pointe. On était dans un mouvement très positif. Je pense que j’ai eu la chance d’arriver à ce moment-là, par hasard.

Je me souviens d’une anecdote : c’est Carl de Mont Charline, qui a lancé au départ les soirées Who’s Who’s Folies et qui a, le premier, mis mon nom sur les flyers.

Ses soirées marchaient tellement bien, qu’il s’est dit qu’il allait ouvrir son propre club. C’est devenu le Who’s Who’s Land, devenu un club mythique dont on me parle encore aujourd’hui au moins une fois par semaine. Et donc cela me gênait beaucoup, mais il me disait que j’avais un chouette nom.

Et je me suis dit, C’est vrai… David Guetta, Roger Sanchez... La plupart des DJ travaillent sous leur vrai nom. Pourquoi prend-t-on un pseudo ? Il y a deux raisons :

Soit il y’a des histoires de fisc ou d’anonymat qu’on veut garder, Mais en général ce n’est pas ça : c’est parce qu’on a un nom qui sonne pas terrible. Par exemple, si je m’étais appelé « Mario van Deputte » je n’aurais pas travaillé sous mon vrai nom. Si je ne m’appelais pas Olivier Gosseries je n’aurais peut-être pas choisi Olivier Gosseries mais un nom plus anglo-saxon. C’est mon nom que j’ai utilisé la plupart du temps, même si j’ai déjà utilisé quelques pseudos. C’est un nom qui avait ses avantages et ses inconvénients car dans les pays anglo-saxons ce n’était pas toujours facile à prononcer

Pendant un instant, j’ai mis mon nom un peu en retrait, au profit du concept Noisy Boys, ce que je fais toujours aujourd’hui.


Je vais revenir un petit peu en arrière, comme tu parlais de pays anglo-saxons, ça t’a fait quoi d’avoir ton nom sur les flyers et d’arriver dans des pays étrangers où les gens scandaient ton nom et t’attendaient ? En Belgique, on connait certains artistes parce qu’ils font partie de l’environnement musical au niveau local ou du pays, alors que, hors de nos frontières, c’était une vraie notoriété qui se développait…Comment as-tu vécu cela ?


Très honnêtement, je sais que c’est dur à croire, mais je n’ai jamais réalisé, je ne me suis jamais senti dans la peau d’une Rockstar, c’est-à-dire : « c’est arrivé, j’y suis, je vais arriver avec mes beaux yeux, la chemise ouverte et les filles vont crier mon nom en tendant les mains vers moi ». Ce sont des situations que j’ai vécues mais qui me gênaient. C’est quelque chose dont j’aurais peut-être dû me servir. J’ai toujours essayé de garder la tête froide, excepté durant une petite période pendant laquelle cela m’est monté à la tête. Environ six mois en 1993 – 1994…


Au début, quand cela a commencé à bien marcher, quand j’ai été engagé comme résident au Mirano, mon objectif était déjà atteint, c’était une boucle bouclée. C’était quand même la plus belle boîte de Belgique. Il y avait d’autres boîtes canons, mais c’était LA boîte de Bruxelles où mes aînés sortaient, et c’est vrai que pour moi c’était un rêve. Quand j’ai été engagé, j’étais peut-être un peu grisé, mais je pense que c’est normal et j’ai pris des leçons d’humilité, et c’est vrai que s’il y a quelque chose que je peux me reprocher aujourd’hui, en faisant le bilan, même si je me souhaite encore une longue carrière, que là, je continue à fond, c’est peut-être justement que je faisais ça innocemment, sans jamais faire de plans de carrière. J’aurais peut-être dû, à un moment me fixer des objectifs, me dire, dans deux ans je veux être là, et je ne l’ai pas fait, ce qui est dommage. J’ai toujours vécu au hasard de la rencontre, de l’opportunité. Peut-être qu’en fait, sans pouvoir vérifier, c’est très bien ce que j’ai fait, c’est peut-être la meilleure des choses que j’ai faite. Le seul regret que j’ai, c’est de ne pas avoir fait de plan de carrière.

C’est là que les deux aspects antagonistes : artistique et business se croisent…


Et là, si en 1995, on avait eu justement les nouvelles technologies que l’on a aujourd’hui, plus les plates-formes et les réseaux, là, peut-être que moi aussi je serais en jet privé.


Tu dis ça aujourd’hui, mais si à l’époque tout le monde avait eu accès aux réseaux sociaux, à internet pour se faire connaitre, la concurrence aurait été plus forte…Durant cette période, ce qui était bien aussi, c’est que les vinyles, il fallait les presser, avec une vraie pochette, etc. et tout le monde n’avait pas la chance de finir un track le dimanche et de se dire, dès lundi, je presse. On avait un vrai support, alors qu’aujourd’hui, tout le monde peut faire tout et n’importe quoi avec une simple page Facebook…


C’est génial ce que tu dis, et c’est vrai que lorsqu’on achetait un disque, il était à nous, et rien qu’à nous.

C’était un objet physique que l’on gardait avec soi, et personne ne l’avait. S’il restait un exemplaire de ce disque, c’est toi qui l’avait et personne d’autre. C’est vrai que tu as raison, c’était assez dingue.


Les jeunes, aujourd’hui, ils pensent plutôt l’inverse ; ils se disent que si on avait vécu cette période du vinyle, en tant que producteur, avant le piratage, on aurait été en jet privé en 1995 !


Oui, c’est vrai, c’est intéressant ce que tu dis, c’est une vraie bonne réflexion.


Revenons à ton ascension à l’étranger…


Quand je partais à l’étranger, j’avais la chance d’avoir une femme qui était mon agent, elle m’était très complémentaire et avait justement ce côté procédurier, rigoureux que moi je n’ai pas, et oui, j’ai vécu cela comme une belle aventure.

Je vais te raconter une anecdote que je trouve vraiment très jolie. Je suis stockellois, c’est un quartier de Bruxelles, que l’on peut assimiler à un village dans la ville.

Je parle de cette ville parce que c’est le quartier où j’ai grandi. Je pense que le quartier où l’on grandit détermine le reste de sa vie, c’est-à-dire je pense vraiment que si j’étais né à Brooklyn, j’aurais fait vraiment un autre parcours, peut-être un autre parcours de DJ… Je pense qu’il y a toujours un avantage géographique ; si David Guetta était né polonais je ne suis pas certain qu’il aurait fait la carrière qu’il a fait. Il était à un endroit stratégique, Paris, et en plus, il était au milieu de Paris. Quand une star descendait à Paris, c’est lui qui la recevait avec sa femme. Que ce soit Jennifer Lopez ou un acteur en vogue, À l’époque où il s’est fait tous ses contacts, il était directeur artistique de la plus grande boite parisienne.


Il est aussi passé dans l’émission de Jean-Luc Delarue « Ça Se Discute », ce qui a fortement boosté sa carrière selon moi…


Il a eu la chance d’être dans cette ville et je pense qu’on a plus de chances de réussir lorsque l’on vit à Paris, à Londres ou à New-York que si l’on nait à Dubrovnik. Ceci même aujourd’hui, avec justement l’expansion de la diffusion des réseaux sociaux. Ce n’est pas pour rien qu’un acteur belge qui veut gravir un échelon monte à Paris.


Mis à part peut-être Calvin Harris….


Ce n’est pas pour rien que certains vont à Hollywood parce qu’ils veulent rester dans le cinéma, donc à cette époque je suis chez le coiffeur et je rencontre par hasard un type d’une cinquantaine d’années. C’est ce genre de gars dont tu peux dire au premier regard qu’il a pas mal bourlingué, avec du vécu, comme on dit, c’est un gars entre Al Pacino et de Niro. Je fais sa connaissance, il m’explique qu’il est de passage en Belgique, que sa femme qui est américaine est venue travailler en Belgique pour trois ans. Et qu’ils habitent dans la rue de mon coiffeur. Il est là pour s’occuper de ses enfants, qu’il ne fait pratiquement rien. On fait connaissance, on sympathise, et de temps en temps, on va manger au restaurant grec qui est juste à côté. Subitement, un jour, j’apprends qu’il est parti. Nous n’avons pas l’occasion de nous dire au revoir. J’aurais pourtant bien voulu, j’aimais bien ce type, et il va me manquer. Mon coiffeur me dit ; comme toi tu vas souvent aux Etats-Unis, je te donne ses coordonnées et essaie de le contacter de là-bas. Et là, je réalise que le hasard est extraordinaire ! J’essaye effectivement de le contacter et je me rends compte qu’il est à quelques kilomètres de Washington, là où je devais aller travailler six semaines plus tard !

Donc je le contacte et lui dis que je suis super content de l’entendre, que je joue dans une boite, et que j’aimerais bien qu’il vienne me voir jouer, ce qu’il accepte évidemment, et l’on décide de se donner rendez-vous sur place. J’arrive dans cette boîte dans laquelle j’allais jouer pour la première fois, et je vois, dès mon arrivée, des affiches avec ma tête et mon nom partout ! Et là, je réalise que je suis la tête d’affiche de la soirée, et je découvre une boîte blindée ! Et là, j’ai ce trac pas possible, celui que je n’avais plus eu depuis une quinzaine d’années !


Tu avais intérêt à assurer !


J’ai les jambes qui tremblent, je suis à la limite de partir. Et là, je me dis que cela ne va pas être possible. Je n’étais vraiment pas bien, à la limite du vomissement, bref un truc naturel, et là, quand je l’ai vu arriver dans l’embrasure de la porte, je me suis senti comme chez moi, c’était comme l’apparition d’un ange. C’est-à-dire que quand je l’ai vu arriver, je me suis dit : cela va aller, il est là. C’était bizarre, ce n’était pas comme mon meilleur ami, mais son apparition, son arrivée, m’a vraiment soulagé et je me suis dit ; maintenant, cela va bien se passer, et effectivement, cela s’est très bien passé !

Je pense que c’est une chance que j’ai, et ce n’est rien de prétentieux : c’est que dans les grandes circonstances, je parviens me sublimer.

Il y a deux réactions possibles dans des cas pareils. Je connais des gens extrêmement doués, bien plus doués que moi, mais qui le sont devant deux personnes chez eux ! Une fois que tu les mettais devant 100 à 300 personnes, ils perdaient tous leurs moyens. C’est le principe du gars qui est très fort pendant l’année, et dès que c’est un gros examen, il se met une pression inutile,…


…et cela le paralyse totalement…


Voilà ! J’ai connu des gens comme ça. Cela s’est bien passé et à ce moment-là, j’ai construit comme une sorte de réseau social personnel, et à l’époque, c’était le site MySpace. J’ai plein de gens qui m’ont ajouté, je suis resté en contact avec eux, et chaque fois que j’allais jouer aux Etats-Unis, ils venaient et j’étais parvenu à construire quelque chose de très chouette. Toutes ces anecdotes pour dire que je n’ai jamais vraiment réalisé, mais évidemment cela me faisait chaud au cœur.

Ça m’a fait flipper, mais je trouvais cela plaisant. Je comprends que ceux qui vivent ça encore plus souvent, et non-stop, qu’ils puissent péter les plombs à un moment donné. C’est-à-dire, je ne sais pas si, oui d’accord, l’hygiène de vie est importante, mais je peux comprendre que l’on puisse tomber dans certains travers.


Les tentations sont grandes, les excès fréquents…


Oui, voilà, je peux comprendre que l’on prenne des trucs pour s’accompagner, tu vois,…


Quelques béquilles par -ci par-là…


Après, je comprends que certains le fassent, je ne le recommande pas bien évidemment, mais je suis indulgent par rapport à certains qui ont fait des écarts ou qui sont tombés dans des excès ou d’autres vices, je peux comprendre. Ce n’est pas pour ça que j’en fais l’apologie, mais je peux comprendre, aujourd’hui.


Tu m’expliquais le fait que certains sont plus à l’aise chez eux que face à un public. Ce cas de figure, on le rencontre obligatoirement lors de la phase production, qui, elle, se fait obligatoirement en studio et non pas devant un public. Tu as quand même déjà produit pas mal, qu’est-ce qui t’a poussé à faire de la production et comment se sont passés tes premiers contacts avec les machines ?


J’ai commencé à y penser déjà en 1995. C’était une époque où…


Ableton n’existait pas…et Propellerhead Reason non plus…


…Non, pas du tout ! Protools existait et c’était très bien, on savait déjà faire pratiquement tout ! Tu connais Protools ? Un peu que tu connais…


Oui, tout à fait ! Joachim Garraud était le premier sur Protools en France…


Il y’a des producteurs qui étaient sur Atari, c’était une époque amusante…Donc la première fois que j’y ai pensé, c’était en 95’, et c’est là que je me suis dit, je suis DJ, la plupart des trucs que tu joues sont faits par des DJs, il faudrait que je m’y mette ! Même si je n’étais pas musicien dans l’âme. Je me rendais compte qu’il y avait moyen de faire des disques sans être musicien, parfois en samplant (N.D.R : technique du sample qui consiste à extraire un échantillon d’un morceau existant et de le travailler de façon personnelle en vue de l’intégrer dans un nouveau morceau).


C’était l’intérêt du son lui-même qui importait beaucoup à l’époque…


Exactement ! Donc j’ai pris le chemin d’un studio que je connaissais. J’ai choisi d’aller là, parce que je connaissais les gens qui y travaillaient et qui étaient des génies et que je trouvais que ce studio était canon.


Et ce studio, il se trouvait où ?


C’était MUSICOM, à Bruxelles, Quai au Foin. Donc, j’ai été les trouver, et je leur ai un peu expliqué mon projet, ils ont trouvé ça sympa, et ils m’ont fait une proposition qui m’arrangeait très bien. Je ne devais rien payer, mais ils prenaient leur part sur la production, et sur les ventes. Pour moi, c’était parfait, tout ce que je voulais c’était de sortir un vinyle qui portait mon nom, je n’en avais rien à faire du reste. Quand on parlait de plan de carrière, ça, c’était un but, mais c’était juste un aboutissement, un accomplissement.


Tout comme les jeunes producteurs d’aujourd’hui dont l’objectif premier est de pouvoir signer un de leurs morceaux sur un premier label…


Oui, lorsque j’ai terminé cela, est venu le moment où j’ai dû chercher une maison de disques. Et là j’ai eu de la chance, parce que je travaillais dans un autre studio où l’on faisait des compilations mixées, notamment pour les soiréesWho’s Who’s Land « Follies ». On sortait des CDs de DJs, des DJ mix. Et ça se vendait bien, c’était jusqu’à 5.000, 10.000, et parfois 20.000 copies ! Il y’avait réellement moyen de gagner des sous. C’était le DJ qui proposait son mix, sa sélection.


Il y avait aussi beaucoup moins de piratage qu’aujourd’hui…


J’ai demandé au personnel de ce studio de m’aider et ils ont fait très simple : ils m’ont imprimé dix feuilles avec toutes les maisons de disque de Belgique, et à la première maison que j’ai choisi, presque par hasard, Private Life, j’ai été reçu par la secrétaire. J’ai remis mon projet, et deux jours plus tard, j’étais contacté et l’on m’a dit « c’est bon, on sort ton truc » ! C’était Junior Jack (Vito Lucente)qui m’a dit, c’est bon ça m’intéresse, et qui plus est, il voulait même remixer le morceau. C’est sorti en vinyle avec un remix à lui, c’était chouette, et c’était pas mal pour un premier truc, j’avais déjà le vinyle en main, j’étais content, j’ai même dessiné la pochette moi-même. Les premiers disques ont été licenciés en Angleterre pour une compilation de K-Klaas qui avait racheté le morceau et qui l’avait ressorti. Donc voilà, le disque a été compilé plusieurs fois, et puis j’avais un pied dans la place, et là, Vito, qui était un grand producteur à l’époque, et qui l’est d’ailleurs toujours, m’a dit, si tu veux continuer à faire de la production, je suis ton homme et on peut continuer ensemble. On a travaillé sur quatre ou cinq projets à deux, sur deux, trois ans. Sur ce laps de temps, on a fait quatre ou cinq productions communes, et puis, il m’a laissé aussi sur d’autres projets pour gérer mon truc personnel. Il les a sortis. C’était une époque bénie, quoi que l’on fasse, ça sortait. Un beat, un kick, un clap, une petite voix, et ça sortait !


En fait, en studio, tu t’imaginais déjà avec les clubbers en face de toi, tu imaginais déjà leurs réactions…


Voilà, le chemin était balisé. Il était simple, on savait ce qu’il fallait faire, aujourd’hui, si tu veux sortir un disque et qu’il est bon… Qu’est-ce que j’en fais ? Chez qui ? Aujourd’hui, les maisons de disques sont saturées. C’est devenu compliqué. Il y a trop de portes ouvertes.


Donc, en fait, à l’époque, on pourrait dire que tu faisais vraiment ce que tu aimais…


Oui, plus…


Est-ce qu’aujourd’hui tu ne penses pas que les gens doivent réfléchir un peu plus à manger, à se sacrifier, et à la limite à prendre un pseudo pour faire vraiment ce qu’ils aiment ? Il faut essayer de combiner ces deux facettes pour survivre aujourd’hui…


C’est super ce que tu dis parce que tout s’est très bien passé dans la production pour moi jusqu’en 2002, et ensuite, il y a eu plein de choses qui se sont passées. Premièrement, le label Private Life a été absorbé par PIAS, ce qui était plutôt une bonne chose. Mais bon, on passait quand même d’une petite maison de disques indépendante à la plus grande maison de disques indépendante du monde ! C’est à dire, une structure qui comptait au moins plus de 100 personnes ! Tu n’es plus dans un petit magasin de cinq à six personnes où tout le monde se connaît, mais tu es dans une structure avec une centaine d’employés, et, ce n’est pas que tu deviens un numéro ou un pion, mais c’est déjà autre chose.

Deuxièmement, 2002, correspond à l’explosion de NAPSTER qui était LE premier site de téléchargement musical gratuit. Cela n’a eu aucune incidence pour nous directement, mais cela a ruiné plein de maisons de disques qui ont déposé le bilan, et donc, à partir de 2003, c’était supposé être très commercial et rapporter des sous et marcher pas mal. J’allais d’ailleurs signer avec Sony Music. Le mec qui s’occupait de mon dossier a été licencié pour cause de restrictions de personnel, puis, le gars qui a repris le dossier en main m’a fait tout recommencer, et m’a dit « oui, mais est-ce que cela va vraiment vendre ? » et j’ai répondu « bah, on peut essayer… », et là, j’ai senti que le vent avait tourné et que, pour la première fois, les gens réfléchissaient. On n’était plus dans la spontanéité et la fraicheur, on était dans la réflexion ! Aujourd’hui, Il faut que ça rapporte des thunes !


Oui, mais justement, un artiste, il ne doit pas réfléchir, il doit se laisser porter…


Tu es bien placé pour le savoir, tu es un artiste toi-même, donc tu connais très bien le feeling. Donc, c’est ça l’histoire de la production ; en 2003 il y a quelque chose qui a basculé, et aujourd’hui, il y a tellement de portes ouvertes qu’on est lâché dans la nature, on est seul, et il n’y a plus personne qui peut vraiment te guider et je pense qu’il faut vraiment, vraiment, être très pistonné.


Ne penses-tu pas que dans le cas où tu as des gens qui sont là pour toi, comme des managers, des agents, etc., et que tu as une ligne de conduite à respecter, un plan de carrière, cela revient à être instrumentalisé d’une certaine façon, ce qui fait que tu deviens un numéro (même s’il n’a qu’un chiffre), ensuite un produit, et que si tu veux gagner des fortunes, tu dois devenir encore un meilleur produit ?


Oui, voilà c’est tout à fait ça ! Tu as tout résumé.


Pour en revenir à ton propre parcours, il y’a eu le commencement des épisodes « radio », assez récurrents. Quand as-tu commencé à passer sur les ondes ? En quelle année ?


Ça a commencé en 1999, J’étais en balance sur deux radios qui débutaient, mais qui cartonnaient à l’époque. C’était encore autre chose qu’aujourd’hui, j’étais en balance avec Fun Radio et NRJ qui étaient les deux radios françaises pour jeunes qui avaient débarqué en Belgique depuis quelques années, et qui avaient vraiment le vent en poupe. La différence de Fun Radio par rapport à NRJ, c’est que Fun, c’était du direct, et je ne sais pas pourquoi je voulais être en direct, alors que NRJ c’était enregistré. On était parmi les premiers à diffuser des mixes le samedi soir en direct dans Studio Radio en mixant du vinyle. Donc bien souvent, on allait mixer là-bas, puis on allait en discothèque mixer pour les soirées. Ensuite, c’est passé en mode enregistré, et je t’avoue que c’était bien plus confortable. Cette aventure-là se termine en septembre, mais je continue à faire de la radio aujourd’hui, et j’adore ça, en étant un plus axé sur le côté chroniqueur. J’aime bien décortiquer l’actualité musicale, refaire découvrir des classiques, faire un peu d’éducation, faire découvrir aux gens des morceaux qui étaient chouettes


Ce qui est finalement ton job premier en fait, l’éducation musicale, c’est ça le rôle d’un DJ…


Oui, oui, j’aime bien ça ! La radio je continue, mais je mixe moins en live, je fais de la vraie éducation musicale, mais avec débat. On côte les disques, on en parle, c’est chouette ! Mais encore une fois, la radio est un support qui a tellement évolué depuis 15 ans…Est-ce que les jeunes qui ont entre 12 et 18 ans écoutent encore la radio aujourd’hui ?


On pourrait se poser la question de savoir s’ils l’écoutent ou s’ils la subissent…


Voilà, c’est ça, que sera la radio dans 20 ans ? Est-ce qu’elle existera encore sous sa forme actuelle ? L’avenir nous le dira. Donc, dans mon parcours, la radio c’est comme la production : c’est un truc qui est venu après, et que je n’avais pas envisagé…qui est venu d’une rencontre.


La vie d’une radio, c’est aussi dépendant des annonceurs…


Je vois que tu as tout compris.


Une dernière question, la question ready2move, une info croustillante, un truc que l’on ne devrait pas savoir ou quelque chose que tu veux absolument partager ?


Ce que j’ai vraiment envie de dire pour terminer cet entretien, que j’ai trouvé sympa parce qu’on est parvenu à faire le tour de la question de tout ce qu’un DJ peut faire, ce serait de revenir à ce que tu disais toute à l’heure.

Cela fait longtemps que l’on me connaît, et en fait, à partir de 2003 justement, je me suis arrêté. C’était le moment où j’ai senti le vent tourner dans la production, quand j’ai senti qu’il y allait avoir un changement et que l’on allait plus faire les choses comme avant, et qu’une page s’était tournée, page qui existait depuis 50 ans en fait.

J’ai eu une très légère traversée du désert qui a duré presque un an. Je me suis peut-être un peu égaré dans certaines histoires de ma vie privée, je me suis peut-être moins concentré sur la musique. En fait, Dans ce milieu, lorsque l’on est moins performant, il y en a d’autres qui arrivent et qui ont peut-être plus la niaque et l’envie. Et c’est ce qui s’est passé. Sans vouloir citer de nom, cela ne sert à rien.

Je me suis ressaisi et j’ai relancé d’autres choses. J’ai réussi à remettre du feu dans la cheminée et à faire repartir le bateau sur lequel je navigue depuis des années. Et je pense que quand on fait une carrière qui dure, elle est toujours faite de hauts et de bas. C’est-à-dire que, à de rares exceptions près, si tu prends des vieux dinosaures, comme par exemple Charles Aznavour, qui est là depuis tellement longtemps et qui chante depuis 60 ans, il a été critiqué régulièrement. Et ce que je veux dire, c’est qu’à un moment donné, j’ai été considéré un peu comme un has-been. Il y a toujours eu une période où l’on est jeune, doué, reconnu. Mais après, il faut durer, parce que, arriver c’est une chose, et rester en est une autre. Donc, forcément à un certain moment, j’étais un peu moins à la page, un peu moins performant, un peu moins vif, j’étais peut-être un peu moins sous la balle. Peut-être un peu has-been aux yeux de certains, et je leur donne tout à fait raison.

Et puis, ça repart, parce qu’on a la chance que ça reparte pour plein de trucs, et c’est vrai qu’aujourd’hui, je suis peut-être devenu vintage.

C’est-à-dire qu’aux yeux des anciens, je suis accepté à nouveau par certains qui avaient, non pas de la haine ou du mépris, mais peut-être moins de respect à mon égard. Ils m’ont retrouvé, et ça c’est sympa.

Et aux yeux des jeunes, eh bien, je reste un gars qui anime des soirées pour les 16 - 18 ans, au moins une fois par mois !

Ma plus grande satisfaction, c’est que je reste et que je continue à être entouré de jeunes talents, de jeunes pousses, et j’ai toujours aimé ça. J’ai toujours aimé découvrir des jeunes talents, essayer de les aider à s’envoler parce que ce n’est pas évident. Parfois, il faut essayer de leur ouvrir les portes et ça marche pas mal ! Je suis content de pouvoir encore le faire et c’est gai !

C’est une boucle qui est bouclée. Maintenant, tout le reste, c’est du bonus, tout en me réservant encore plein de nouvelles aventures !


Merci Olivier, pour cet entretien extrêmement enrichissant et plus que sincère ! A très bientôt !


02 Août 2016, 21:25
by Nick In Time